Des religieuses pas catholiques

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Par Rouge

Ok, le boogie woogie est interdit, et les religieuses pas catholiques, c’est permis ?
l'habit ne fait pas la nonne

l’habit ne fait pas la nonne

Mes bien chers frères, mes bien chères sœurs, la Sainte-Pâtisserie étant un art auquel je vous un charitable culte, il fallait bien honorer les plus délicieuses sœurs de la pâtisserie : ces deux choux que l’on accole et qui constituent l’un de ces personnages abstraits si aimables : la religieuse.

Hélas, il semblerait que ces chers nonnettes aient eu l’audace peu chrétienne de me punir de mon diabolique pseudonyme. A l’abbatiale, sans doute, jadis, elles m’auraient menée, pour se venger de ma témérité, au bucher… Car se nommer Rouge est à ses risques et périls, et il faut croire, à mon grand regret, que je ne suis pas… une sainte Femme.

Sans doute devrais-je me venger, en proposant une recette, fort à propos, de pets de nonne, mais je ne commettrai pas tant de sacrilèges à la fois, et préfère tendre la joue à vos reproches d’esthètes pâtissiers… Contrairement à cet aimable Dom Juan (homme béni entre tous les hommes dont j’avais évoqué la blanche innocence il y a déjà quelques temps), je tiens quelquefois à me faire bien voir du ciel, surtout lorsqu’il s’agit de réussir un passage déterminant dans ma propre existence, comme c’est le cas cette semaine. J’ai donc  bien certainement pêché par excès de religieuse, pour me donner du courage et réussir cette semaine ! Cela est fort déplacé de ma part, mais enfin, après tout, je ne suis qu’une vile âme humaine, passionnée, emportée et fougueuse, capable du pire comme du meilleur…

Je ne vais cependant pas vous égrainer vainement les Te Deum au chapelet pour ma pénitence et vous exposer ici les frasques pas toujours très élevées d’une existence de pauvre pécheresse, mais une recette, certes pas très catholique à plusieurs titres, de religieuse au chocolat. Et d’implorer, chers esthètes pâtissiers qui me faites la charité de me lire, votre pardon pour son imperfection (mais vous le savez, la perfection est divine…). Il est une personne sur cette terre qui réussirait bien mieux que moi : ma sœur, dont la pâte à choux est, l’une des très nombreuses spécialités.

Mais je ne suis pour ma part prémunie que d’un four infernal, impossible pour réussir de telles prouesses angéliques, et ma douille en plastique ne convient guère à la réalisation de miracles évangéliques. Ma douce sœur, mille pardons, donc…pour ces religieuses qui ressemblent davantage à des Big Mac travestis qu’à de délicates créatures divines. Mais après tout, l’habit ne fait pas le moine, et certes, mes religieuses n’ont pas l’apparence, mais elles ont bien le goût exquis de ces fruits défendus…

Mais si vous avez un four plus élaboré qu’un barbecue bi-face infernal, vous devriez réussir à tirer de cette recette la substantifique et sainte moelle qui s’y cache avec humilité.

Et voici la Sainte-Trinité des trois recettes à effectuer pour vous envoler au septième ciel…

La pâte à choux :

(Simplissime, mais nécessitant une cuisson dans une antre des enfers valable et parfaitement clos)

¼ L d’eau

100g de beurre

150g de farine

½ cuillère de levure

3 œufs

3 cuillères à soupe de sucre

A feu doux, faites bouillir l’eau et le beurre. Puis, hors du feu, rajoutez d’un coup d’un seul (le coup céleste), la farine et la levure. Remuez énergiquement au fouet ou au batteur. La pâte est épaisse. Remettez ensuite la pâte à choux sur feu doux pour l’assécher. Cette pâte doit se décoller parfaitement des rebords de votre casserole. Hors du feu, ajoutez les œufs en leur imposant le supplice du fouet (ou toujours le batteur électrique). Puis enfin, mélangez les trois cuillères de sucre à la mixture jaune obtenue, faites de beaux petits tas à la cuillère pour de beaux petits choux-pinous (Navrée, j’irai en enfer pour tant de frivolité, mais je n’ai pu m’en empêcher)…

La crème pâtissière au chocolat

(une hérésie : elle ne contient pas un gramme de beurre, voilà pourquoi cette recette n’est pas des plus catholiques)

50 cL de lait

120g de sucre

1 cuillère à soupe rase de farine

40g de Maïzena

2 œufs

1 cuillère à soupe de cacao

60g de chocolat

Chauffez le lait et la moitié du sucre dans une casserole. Dans un récipient, battez les œufs, le reste du sucre, la farine, le cacao et la Maïzena et éradiquez les grumeaux. Quand le lait et le sucre bouent, versez-les sur cette préparation et battez énergiquement (allez, votre poignet est sollicité mais c’est là l’humaine condition). Puis, remettez l’ensemble dans la casserole, et à feu doux, le liquide va miraculeusement se durcir pour former une délicieuse crème pâtissière. Certes, pour le moment, elle ne sent que le cacao, alors ajoutez 60g de chocolat fondu et mélangez vigoureusement pour ne pas obtenir de grumeau. N’oubliez pas, lorsque vous mettez cette pâte au frais, de la recouvrir de cellophane afin d’éviter qu’une pellicule grumeleuse se forme au contact de l’air.

Enfin, pour la dernière partie, le fondant, voici la recette dont j’ai usé (et dont je n’abuserai pas):

1 demi-blanc d’oeuf

75g de sucre glace

3 carreaux de chocolat fondu

La recette est simple, brillante, mais beaucoup trop liquide à mon goût. J’en suis donc très déçue, sans compter qu’elle n’a pas la légèreté d’un chérubin. Déception, donc.

 Mais je ne vais pas psalmodier, ou commettre un péché d’orgueil : cela me replace à mon rang : humble petite pâtissière qui rêve à la perfection sans réussir à l’atteindre… mais s’astreint à s’améliorer de jour en jour !

Souvenez-vous néanmoins, chers frères et sœurs : pas de boogie-woogie avant la prière du soir !


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