Dom Juan et le prince charmant, même combat ?

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Par Rouge

On les appelle des Héros, de la Littérature ou d’ailleurs… Des personnages de papier que l’on adule ou que l’on déteste, sans nuances. Portraits d’hommes gravés dans le marbre des mots et des siècles passés. Aimés, critiqués, condamnés. On les idolâtre, on les rêve vivants, fantasmés, plus beaux encore de ne pas être. Il y a d’un côté Dom Juan, le séducteur impénitent, grand classique du bad boy, de l’autre le beau prince charmant qui répond à tous nos désirs. Et sont-ils en train de lutter sur le ring pour le plus grand bonheur des dames ? Pas vraiment.  Et si, à travers ces deux figures que l’on associe à la gente masculine, c’était nous, mesdames, qui étions en lutte et… injustes (même si l’écrire m’en coute) ?
Alors, heureux ? Même vous, Monsieur ?

Alors, heureux ? Même vous, Monsieur ?

Car la réalité est bien souvent déceptive, et l’on vous rêve trop parfaits, messieurs. Il faut que vous ayez la tendre douceur du Prince Charmant, mais aussi que vous soyez feu et vive passion. Que l’on vous résiste, et qu’entre toutes les belles dont vous êtes charmé, nous soyons l’élue, celle qui vous cède parce qu’en plus d’avoir Dom Juan  vous êtes aussi un bon prince… Mais au fond, nous sommes cruelles et terriblement vilaines avec vous (dit-elle avec une moue légèrement ironique, parce que tout de même… la mémé des orties en a marre d’être poussée).

Dès le départ, rien n’est pardonné à Dom Juan, « le plus grand scélérat que la terre ait jamais porté », l’ignoble « épouseur à toutes mains ». Il est ce diable charnel, ce danger pour l’honneur de toutes les femmes respectables, toutes classes confondues. Mais que lui laisse-t-on comme choix parmi le sexe « faible » ? La transparente Donna Elvire est aussi niaise au fond que les paysannes qui toutes deux succombent au charme du séducteur. Son éducation et son rang dans la société la contraignent, sans doute, à résister plus longtemps, mais a-t-elle pour autant de la valeur ? Mérite-t-elle que Dom Juan la distingue de ce qu’il considère presque de la tourbe féminine trop facilement séduite, mérite-t-elle d’être aimée en retour ? La société le lui imposerait bien le mariage, à ce pauvre Dom Juan, qui résiste dignement. Car oui, Dom Juan est franc, honnête (d’un certain point de vue…) et sans compromis. Pourquoi, s’il ne parvient pas à trouver LA femme, n’aimer qu’une de ces copies conformes de l’absolu à jamais insaisissable ? Élémentaire : Dom Juan devient son propre Dieu, inatteignable.

De l’autre côté, nous avons le Prince Charmant : succédané de la loque. Une sorte de kleenex de bonne compagnie pour dames en manque d’animal et de double parfait. Car le prince charmant est un paresseux : il arrive généralement en fin de conte, pour sauver la belle demoiselle en détresse sur son vaillant destrier et accompagné de sa belle épée (parce qu’un Prince Charmant sans ses attributs, c’est un peu comme un moelleux au chocolat sans chocolat…) Il est assez simple de le faire tomber amoureux: love at first sight, un seul regard, un seul baiser et il est chopé. Parfois, en bon Tanguy, c’est Maman qui lui choisit sa femme (technique du petit pois sous la couette approuvée), mais enfin, il est charmant, cela va sans dire, et puis sage avec ça : il fait tout comme on veut.

Alors oui, il y a un peu (juste un peu) de mauvaise foi lorsque l’on vous reproche, aujourd’hui, de nous classer, de voir en nous « ou des putes ou des femmes soumises ». L’on vous en veut de gagner davantage que nous (et en cela, assurément, messieurs, nous avons raison !). On vous en veut pour toutes les critiques que certains d’entre vous ne se gêneront pas pour nous faire, la crainte des patrons pour le kit accouchement-congé maternité-absence pour moucher Bébé (et qu’ils soient pères de famille n’empêche rien), la perte de rentabilité que vous voyez dans la mère, qui devra, instinct maternelle oblige, se soustraire à son métier passionnant pour le bien de sa progéniture. On vous en veut lorsque vous ne nous placez pas au même niveau que vous, que vous argumentez en affirmant que oui, un homme, c’est tout de même génétiquement plus fort, plus intelligent qu’une femme. On vous en veut parce que vous nous mettez toujours le même carcan, que dans la société vous avez pour nous des exigences rares. Il nous est interdit d’être, qu’il nous faut d’abord « devenir » femme, poser et apparaître en apparat. Parures, déguisements, oui, il faut bien que nous soyons belles. Un homme, quant à lui, qu’a-t-il besoin d’être beau ? Aucun effort n’est nécessaire pour lui : il y aura bien une femme qui prendra soin de l’habiller au mieux, de lui faire la cuisine pour le nourrir (ne jamais oublier que l’amour vient de l’estomac dans un grand nombre de civilisations)… Bref, on étouffe sous les carcans, et on le fait savoir (féminisme, femen etc.) avec plus ou moins de délicatesse (mais une femme est-elle forcément délicate?).

Enfin, l’on vous reproche d’être, par dessus tout, des êtres dénués de toute délicatesse, obsédés de la bagatelle, donc particulièrement peu fréquentables. Par bonté d’âme, on vous la fait tout de même, la bonté de vous fréquenter. Mais, mesdames, avant de reprocher aux hommes de ne pas être, ni Dom Juan ni le Prince Charmant, êtes-vous de véritables princesses ? Vous reconnaissez-vous dans ces vespérales ombres transparentes et fragiles qui se réalisent dans l’enfantement (car quel est le but réel de l’existence d’une princesse sinon d’apporter un héritier à la Couronne, un petit Georges aux belles joues roses qui posera pour la photo en robe blanche à côté du chien?) La nature est assez bien faite parfois : scientifiquement, une femme a des désirs, et autant que les hommes, même si nous les exprimons peut-être différemment. Des siècles d’éducation ont sans doute davantage cloisonné la parole des femmes à ce sujet que celle des hommes, mais qu’est-ce qui nous empêche de les dire ? Alors pourquoi reprocher aux hommes de les exprimer ?

Soit, le nombre de reproches à vous faire est infini, même s’ils révèlent aussi nos propres craintes, voire nos défauts… Et cette liste aura éveillé chez les êtres masculins qui m’ont fait la grâce de me lire jusqu’à présent des envies de meurtre à mon encontre. Au risque de me faire lyncher par les membres du sexe féminin, et de m’accuser moi-même, je dois d’ailleurs avouer que je ne suis pas exempte de cette manie de classifier. Le célèbre « tous les mêmes » me glace d’effroi, mais il est quelquefois tentant de réduire la complexité de l’existence à de tels classements. De ce fait, je classe très souvent les hommes selon des catégories qui fondent celles de la littérature : le séducteur imbu de sa personne, machiste, orgueilleux et beau-parleur (et cela mène au défaut ultime : baratineur). Mais je fais bien pire : j’ai des attentes vis à vis de la gente masculine. Qu’un homme se mette à se lamenter, à se plaindre avec un aplomb qui m’est excessif, et déjà je lui fait perdre tout l’éclat qu’aurait pu lui donner la virilité que je lui attribuais. Qu’un homme se mette à pleurer, et ma foi, quelle est cette petite nature que voilà ? Qu’un homme, enfin, tourne son regard vers moi, m’adresse la parole sans raison, et déjà je sens mon instinct de survie qui me crie de prendre la fuite, je crains pour moi-même, persuadée que ses obsessions intérieurs et que le chasseur va refaire surface, et je m’éloigne alors d’un pas rapide pour éviter l’affrontement ! En cela, ne fais-je pas de même que l’homme qui me cantonne à la cuisine?

Alors s’il y a bien une chose que nous enseignent la vie et la littérature, c’est bien à faire preuve d’un peu de considération pour l’être humain, homme ou femme. Et si l’on commençait par s’accepter un peu en évitant les préjugés, l’on aurait déjà gagné une petite lutte vers le chemin qui mène à l’égalité. Soyons un peu  bienveillants, êtres imparfaits, de chair et de sang mais êtres avant tout, et arrêtons de taper sur les hommes comme des punching ball en ne voyant en eux que des êtres de papier, à moins de vouloir qu’ils finissent au tri.


2 comments
DON JUAN
DON JUAN

Aaaah, enfin un article qui me convient...

Il est vrai que tous les livres parus sur moi sont faux (ou très souvent)

et je me reconnais bien là, franc, honnête, offrant beaucoup d'amour aux femmes que je rencontre.

Rouge, ne nous sommes-nous pas déjà rencontrés? Sûrement, pour faire un portrait aussi juste.

Bon, oui, j'ai un défaut, mon seul défaut est d'aimer trop les femmes. Mais est-ce vraiment de ma faute?

L'Homme n'est qu'un petit animal qui aime ronronner avec les caresses de sa maitresse.

Donc je souhaite remercier R&R pour cette article

et si, mesdemoiselles ou mesdames, vous désirez me contacter voici mon numéro de téléphone: 06♥♥♥♥♥♥♥♥

A bientôt

Don Juan

redgun
redgun

Cher Don Juan,

Vous me faites revivre le temps d'un doux mot les charmes de notre rencontre, et vous n'avez pas changé, assurément, toujours aussi charmeur et charmant, trop aimable Don Juan. Je vous remercie pour votre critique positive, ainsi que, surtout, votre numéro de téléphone portable. Je vois que vous avez beaucoup évolué depuis notre dernière rencontre et vous en félicite. J'ose espérer que le passage de la lettre manuscrite envoyé à poste restante au portable ne fut pas trop cruellement décevant. Je ne crains pas trop pour votre rhétorique néanmoins, les symboles "petits cœurs" ayant remplacé les déclarations enfiévrées avec toute la subtilité qui convient.

Néanmoins, vous me voyez piquée dans mon estime par le pluriel de "mesdemoiselles ou mesdames". Car nous ne sommes pas, Revolver et moi-même, de tristes répliques de Charlotte et Mathurine, sachez-le!

Passionnément, fougueusement, et EXCLUSIVEMENT,

Votre Rouge