D’un don, une farce

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Par Revolver

Pardonnez la facilité à laquelle je me suis laissée aller avec ce jeu de mots de saison (les dindes farcies trôneront dans une poignée de jours sur nos tables familiales) : d’un don, une farce. J’aurais pu donner dans le classique : « Donnez, Dieu vous le rendra au centuple », mais l’on m’aurait accusée de prosélytisme, ou bien : « Je te donne, donne, donne… » mais je trouvais ça trop redondant. Même si ce n’est pas tout à fait une farce, ni même une badinerie, voici une petite variation sur le thème du don. Sans aller jusqu’à me la donner, prêtez-moi donc votre oreille.
Recevoir un don  n'est pas toujours un cadeau

Recevoir un don n’est pas toujours un cadeau

Les coups, ça fait mal

La théorie du don et du contre-don selon laquelle tout cadeau entraîne une obligation d’en offrir un de valeur équivalente au moins en retour ne trouve pas meilleure illustration que lorsque l’on donne des coups. On s’expose à coup sûr à en recevoir en contrepartie. Remarquez que si l’on donne un coup de poing ou de pied – parfois, telle une prescription médicale, on les administre -, on ne donne pas mais on fait un coup fait. Les coups de pied et de poing l’emportent en spontanéité (les coups de tête, n’en parlons pas, demandez à Zinedine Zidane); on les prémédite rarement. Si le coup bas germe paradoxalement tout en haut, dans le cerveau, ceux-là viennent de plus bas, du cœur, voire des tripes, c’est selon. D’aucuns diront qu’ils trouvent leur origine dans une partie plus basse encore de l’anatomie, mais nous nous égarerions à vouloir démêler les racines exactes de tous les coups donnés.

Plutôt se casser la voix que la gueule

Avant d’en arriver aux mains, il nous arrive parfois de donner de la voix. Situation classique de l’altercation entre automobilistes qui commencent par se donner des noms d’oiseaux et finissent par se donner des beignes. Donner de la voix, c’est l’ultime étape de l’homme civilisé avant d’emprunter des voies moins polies et moins policées. Plus sauvages. Ne dit-on pas, quand on donne de la voix, que l’on a une conversation musclée ? On oublie trop vite que les cordes vocales sont des muscles qui peuvent dissuader autant que des biceps gonflés.

Pour se donner à fond, le corps ne suffit pas, il faut plus que les pieds, les poings, les cordes vocales et les biceps. On doit se donner corps et âme, à un projet, à une personne… En l’espèce, on approche le pur don : on n’attend pas un retour sur investissement à la hauteur de ce que l’on abandonne. Sauf à se leurrer et, dans ce cas, il y a maldonne dès le départ.

On donne la vie, on s’abandonne à la mort
Donner la vie, un fardeau ?

Donner la vie, un fardeau ?

Donner le départ, quoi qu’en dise l’arbitre du haut de sa sacro-sainte impartialité, n’a rien de neutre. Il suffit de considérer notre tout premier départ : notre naissance. Notre mère – et encore pas toujours – a décidé de nous donner la vie sans que nous ne lui ayons rien demandé, pas plus qu’à notre père d’ailleurs. La vie, un don parfois encombrant, qui, quand il mute de cadeau à fardeau, nous pousse à nous donner la mort. Un fait divers récent, d’une troublante proximité avec Les Amants d’Edith Piaf, avec pour décor un palace parisien et pour héros romantiques et tragiques un vieux couple, transcende l’expression « se donner  la mort ». Le geste fatal de ces deux êtres unis jusque dans l’éternité annule la solitude du suicide : ils se sont mutuellement offert le sommeil infini des amants que même la mort ne sépare pas.

Pour l’heure, j’aimerais que soit donné du temps plutôt que la mort, seule ou accompagnée. Et quelle belle expression, aux allures anodines pourtant, que « donner l’heure » ! Réclamée par les dragueurs du dimanche : « Vous avez l’heure, mademoiselle ? », elle ne se donne que si l’on veut bien. Si on prend le temps de considérer de la considérer, cette locution offre une magnifique perspective. Donner l’heure, c’est fixer le moment, c’est passer du fugitif à l’infini. Donner l’heure, c’est arrêter le temps. Donnez-moi cinq, deux minutes, une seconde, un instant. Donnez-moi l’heure, donnez-moi du temps.

A la bonne heure

A la bonne heure

Après l'heure, c'est plus l'heure

Après l’heure, c’est plus l’heure

Je sais que toute relation repose sur du donnant-donnant. Je me suis donnée de la peine pour vous faire don de cette petite fantaisie autour du don. Merci de m’avoir donné votre attention et surtout un peu de votre temps. Et si vous lisez ces derniers mots, c’est que vous avez donné sa chance à ce texte sans prétention ; alors si vous avez aimé, donnez le mot autour de vous !


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