Eluard, douleurs Capitales

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par Rouge

Eluard, élu de l’art d’aimer l’ailée déchue ?
Gala par Max Ernst (1924)

Gala par Max Ernst (1924)

Douleurs capitales (collage)

Ciel lourd des mains, éclairs des veines

l’eAu tout entière est sur moi comme une plaie à nu

Pour l’éclat du jour des bonheurs en l’air

Immobile glorieuse et pour toujours

Tes yeux sont revenus d’un pays arbitraire

Allons nous habiller et nous déshabiller

Loin, le soleil aiguise sur la pierre sa hâte d’en finir… Les jours comme des doigts repliant leurs phalanges… Le vent et les oiseaux s’unissent – le ciel change.

jE n’ai pourtant jamais trouvé ce que j’écris dans ce que j’aime.

Des aveugles invisibles préparent les linges du sommeil

Elle chantait les minutes sans s’endormir.

Le cœur sur l’arbre, vous n’aviez qu’à le cueillir

sAns musique

Dormir, la lune dans un œil et le soleil dans l’autre, dans une nuit large et profonde de mon âge

On attend les poissons d’angoisse. Où nous croyons-nous donc ?

Un amour dans la bouche, un bel oiseau dans les cheveux

iL lâche le dernier oiseau de son auréole d’hier

Elle s’engloutit dans mon ombre comme une pierre sur le ciel

Un drapeau toujours dépassé

Roucouler s’agit-il d’autre chose ?

belle et Parée comme le tour du monde

Aux caresses unies d’une main sur le ciel

moUrir de ne pas mourir

La vie est bien aimable

Et qui donc veut me prendre le cœur ?

La rivière que j’ai sous la langue

Une musique, bras blancs tout nus. Une femme au cœur pâle met la nuit dans ses habits.

Autant rêver d’ouvrir les portes de la mer.

Elle imagine que l’hoRizon a pour elle dénoué sa ceinture

Dans un coin l’inceste agile tourne autour de la virginité d’une petite robe.

Je plaide coupable. Pardon Eluard.

Je n’ai jamais appris à lire de la poésie. Je ne connais pas Eluard sur le bout des doigts. Je ne peux pas vous faire la parfaite étude stylistique de Capitale de la Douleur, ni vous en raconter l’histoire. Ce n’est pas une narration à proprement parler… Et je ne pourrais rivaliser avec les éminents littéraires qui relancent aujourd’hui la Critique sur ce poète du XXe siècle, le poète de « Liberté », car oui, Eluard est au programme de l’agrégation de Lettres Modernes.

Je pourrais vous présenter un laïus sur Eluard, poète de l’amour, en rajoutant une belle couche de chamallows roses sur un manège à trois troublant et déceptif, pour le côté sulfureux, avec Max Ernst. Vous dire que Gala était La Femme, en lettres capitales, sur un piédestal, et que Nush prendra sa place quelques temps plus tard. Vous faire une belle notice biographique. Je pourrais vous dire qu’Eluard est surréaliste, et qu’il fait de beaux collages comme « la terre est bleue comme une orange ». Mais d’abord il y a une part de faux, et ensuite ça vous fait une belle jambe de cellulite de savoir qu’Eluard fut surréaliste. Je ne dis pas qu’Eluard n’a pas été sous l’influence des surréalistes, mais Capitale de la Douleur a été écrit en 12 ans, et ne présente de prime abord pas de composition générale linéaire. Et en 12 ans, beaucoup de choses ont évolué dans la vie d’Eluard, et sa recherche formelle a pris des chemins très diversifiés, se frottant aux courants de son temps.

Mais si je commence à vous parler d’élégie sans lyrisme, vous n’auriez rien, rien des mots d’Eluard, rien de l’étrangeté de ces mots simples mis bout à bout qui font une sorte de nouvelle langue étrangement familière, où se mêlent proverbes et lieux communs. Écrire pour l’humain sans lyrisme, sans dire je, sans se placer en guide tout en étant universel, voici la démarche d’Eluard qui s’adresse à tous les hommes, dans leur intimité propre. A vous d’en juger en lisant les mots de ce poète, et ce recueil Capital de la poésie du XXe siècle.


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