« Faites des enfants ! » qu’ils disaient

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Par Revolver

« Il y a trois ans, je devenais mère (bordel). » Tel est le titre d’un billet drôle et touchant de la bien-nommée Mère Bordel sur son blog http://www.maispourquoijedeviensmerebordel.fr. J’aurais pu commencer mon témoignage par ce simple constat mais jamais, ô grand jamais, je ne prononce de grossièreté. Enfin, sauf pour les grandes occasions, comme mon accouchement.
La vie, une ligne toute tracée ?

La vie, une ligne toute tracée ?

Il y a (bientôt) trois ans, je devenais mère. Mon bébé m’avait laissée réveillonner puis, vers deux ou trois heures du matin, il m’avait fait signe : « Peut-être serait-il judicieux de se rendre à la maternité : après avoir dansé toute la nuit, j’aimerais bien sortir de ce ventre-shaker. » Vers 23h30, tandis que je me trémoussais sur Loca de Shakira, j’avais déjà senti une douleur semblable à une crampe lors de règles douloureuses (voir sur ce sujet l’excellent article de Rouge la semaine passée) mais vu mon état, il ne pouvait évidemment pas s’agir de menstrues imminentes et, sans y prêter plus d’attention, j’enchaînais sur une improbable ronde avec un gars pied-nus à rastas, joint à la bouche, et la plus jeune fille de nos hôtes, qui fêtait son huitième anniversaire une demi-heure plus tard, le 1er janvier. « Drôle de date, m’étais-je dit, pour un anniversaire… », comme si personne ne pouvait naître un jour férié…

Arrivée à l’hôpital, on me proposa aussitôt une péridurale. Je préférais attendre encore un peu, après tout, mes contractions – puisque c’en était – n’égalaient en intensité que mes crampes mensuelles (avant d’être enceinte, bien sûr). S’il est courant que des êtres viennent au monde un jour férié, il n’est pas moins rare que les anesthésistes souhaitent se reposer – ou faire la fête – un jour férié. Et ça, je ne l’avais pas envisagé. J’entendis deux femmes hurler comme des cochons qu’on égorgeait et je m’énervai : « Mais elles sont connes ou quoi ? C’est pas la mort quand même ! » (Oui, je ne dis jamais de gros mots mais là, je tentais de gérer ma douleur et elles m’angoissaient avec leurs cris d’assassinées !) Une aide soignante entra dans la salle de travail et demanda une confirmation : « C’est vous l’autre dame qui accouche sans péridurale, c’est bien ça ? » Tout à coup, je n’en menai plus aussi large. « Non ! moi c’est AVEC. » Trois heures plus tard, je chantais en toutes les langues pour réclamer la précieuse anesthésie. Mon sauveur, que j’accueillis en m’exclamant : « Je vous attendais comme le Christ ! », m’expliqua qu’il était tout seul à l’hôpital et qu’il avait eu une urgence.

Telle une toxicomane accueillant sa dose, je fus aussitôt soulagée par la miraculeuse piqûre et je pensai que le plus éprouvant était derrière moi. Le futur papa, au bord de l’évanouissement, était parti prendre l’air, j’étais même prête à accoucher seule, comme une grande. Hélas, la course de fond allait commencer et je ne le savais pas. Mes souvenirs de cours d’EPS de Seconde, cycle endurance autour du lac de Meudon, sous l’œil impitoyable de Mme D. armée de son chronomètre, me parurent une broutille. Souffler, pousser, arrêter, recommencer. « Si on pouvait juste arrêter, ça m’arrangerait… Non ? Bon, je souffle, je pousse, je… »

L’accouchement on ne sait pas exactement quand ça commence et on se demande bien quand ça va s’arrêter. Mais tout cela a bel et bien un terme puisque me voici, presque trois ans plus tard, saine et sauve. Enfin, sauve, oui, mais saine ?… Les besoins primaires (manger, dormir, faire l’amour) sont d’emblée gravement menacés par le nouvel arrivant. Les besoins secondaires (rester propre et présentable, rester aimable et souriante) ne sont plus du tout garantis. Quant à la vie sociale, il faut faire une croix dessus pendant au moins… je ne sais pas vous dire, je n’en ai toujours pas.

Avant, je me rêvais en mère de trois enfants et puis, est arrivé mon fils, véritable campagne de contraception à lui seul. Levé à 6h30 – heure à laquelle il n’y a pas si longtemps je rentrais de boîte de nuit -, il n’est qu’exigence et épreuve jusqu’à 20h30. Il exige successivement : « Le lait ! Petit ours brun sur l’ordinateur ! Chante Une souris verte ! Ne chante pas Une souris verte ! Viens jouer avec moi dans le salon ! On fait la bagarre ! Non, c’est maman ! (C’est TOUJOURS maman !), une banane, non, pas de banane ! ». Il met à rude épreuve : les portes, les meubles, les voisins, mes nerfs, ma patience, mon dos, mes bras, la bonne entente conjugale, les relations apaisées avec ma mère, paisibles avec ma belle-mère.

Pourtant, je m’émerveille quand il cite chaque doigt par son nom, qu’il monte des blancs en neige (presque) tout seul, qu’il écrit des hiéroglyphes en m’assurant que c’est son prénom. Pourtant, c’est parce qu’il est dans ma vie, que j’ai trouvé l’énergie d’être honnête avec moi-même, de reconnaître que mon ancien métier ne me convenait plus et que j’en ai changé ! Pourtant, je suis heureuse de lui transmettre mon histoire, mes valeurs et mes espoirs même si je sais qu’il les enverra promener un jour, peut-être pas tous, peut-être pas pour toujours.

Et, on ne peut pas le savoir avant d’en faire l’expérience, ce qu’il y a de positif dans la maternité et qui compenserait les cernes, les courbes moins fermes et les journées de farniente sacrifiées, c’est qu’on naît une deuxième fois soi-même. Sans doute pour certaines existe-t-il des moyens moins ravageurs pour le physique, le mental et les grasses matinées, de renaître, de transmettre et de se sentir indispensable : le travail, les amitiés, les voyages, le sexe, la foi, que sais-je ? À travers mon expérience de la maternité, j’ai appris et continue d’apprendre l’humilité, la force aussi – celle dont on ignorait qu’on l’avait en soi – et à me dépasser, me surpasser, à passer outre aussi. Finalement, ce n’est pas mal, d’être mère. Comment ça, je suis prête à en avoir un deuxième ?!…

Les belles lignes sont faites pour être bouleversées...

Les belles lignes sont faites pour être bouleversées…


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