Faustine au Québec ou la vie d’une Française outre-Atlantique

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Par Revolver

Faustine au Québec

Faustine au Québec

« Voyager, c’est demander d’un coup à la distance, ce que le temps ne pourrait nous donner que peu à peu » (Paul Morand)

 

Le Québec, son sirop d’érable, ses caribous et ses crosses de hockey (parlez d’ailleurs plutôt de « bâtons » car l’utilisation du mot « crosse » vous ferait passer pour un obsédé sexuel)… Est-ce donc pour tout cela que, chaque année, entre 3000 et 4000 Français s’établissent au Québec sous le régime de la résidence permanente selon les chiffres du Consulat général de France à Québec? Faustine s’est installée à Montréal il y a quatre ans et elle nous livre son parcours. Un témoignage très personnel mais aussi très éclairant pour tous ceux qui rêvent de Montréal et de « ses aurores boréales » et de « cette lumière /Descendue droit du Labrador / Et qui fait neiger sur l’hiver/Des roses bleues, des roses d’or ».

 

Quand et pourquoi l’idée de partir au Québec est-elle venue?

C’est difficile de raconter cette histoire sans véritablement la trahir. Je ne sais plus vraiment de quand date cette envie irrépressible de partir vivre ailleurs, plus loin, toujours plus loin.

En 1999, j’ai visité le Canada pour la première fois avec mes parents. J’avais 16 ans, je portais les pantalons de mon père, je m’étais fabriquée un sac à main avec une serviette éponge orange fluo et je portais une énorme araignée autour du cou. Dès que mes pieds ont foulé le sol québécois, j’ai su que je voulais y vivre. Je ne pourrais pas expliquer clairement ce qui, à ce moment-là, me passait par la tête. Toutefois, avec le recul, j’ai pris conscience de ce qui avait pu se passer en moi. J’avais 16 ans, et l’araignée autour du cou n’était finalement qu’un signe extérieur de la crise existentielle que je vivais à l’intérieur. En pleine rébellion contre mes parents, contre les adultes en général et contre le système scolaire, ce voyage a dû susciter en moi cette envie d’ailleurs, cette envie de fuir. Nous serions partis en vacances en Papouasie, j’aurais peut-être tout plaqué pour partir élever des kangourous dans la pampa… Qui sait?

Pourtant, pas un jour je ne regrette le choix que j’ai fait et la vie que je mène ici aujourd’hui, même si je crois comprendre aujourd’hui que la fuite a peut-être été mon moteur.

Tu as quitté la France avec celui qui est aujourd’hui ton mari. Est-ce que le fait de partir à deux était rassurant ou au contraire te mettait une pression supplémentaire?

Quand j’ai rencontré Nicolas en 2005, j’avais 22 ans et il était temps selon moi, de me jeter à l’eau. Le Canada occupait toujours une grande place dans mon esprit. Mes parents … toujours eux … ne m’avaient pas laissé faire un échange universitaire avec Montréal pendant mes études. Qu’à cela ne tienne, je partirais quand même. J’avais commencé à compléter le dossier d’immigration pour le Canada et à compiler les documents. Évidemment, je ne pouvais pas attendre d’un homme que je venais à peine de rencontrer, d’entrer dans mon délire monomaniaque et de me suivre à l’autre bout du monde. J’ai donc temporairement renoncé à mon rêve.

Il m’a fallu du temps, beaucoup de temps pour le convaincre. La vie et le stress parisiens ont fait le reste. Quand il a finalement accepté de partir (quatre ans plus tard !), j’avais quand même un peu la pression. C’est moi qui avais tant insisté pour partir. Et si on n’y arrivait pas, si on ne trouvait pas d’emploi, si on n’arrivait pas à s’adapter à la culture, au froid, à l’accent ? Et si, et si …

Le fait de partir en couple peut avoir un côté rassurant. Si l’un échoue, il peut se reposer sur l’autre. Cela m’a beaucoup aidé pendant mes recherches d’emploi infructueuses, quand je doutais de mes choix. Nicolas a toujours été là, il m’a toujours soutenue et encouragée. Pourtant, le couple peut être malmené par un départ à l’étranger. Un couple sur deux, il me semble, ne survit pas à une expatriation… Ça peut être dur aussi si l’un s’en sort mieux que l’autre, s’adapte mieux. Il faut être confiant en son couple et parler, communiquer, toujours !

À 22 ans, je n’avais pas froid aux yeux (je ne connaissais pas encore le -30⁰C qui congèle les larmes et surgèle les cils !). J’étais prête à tout plaquer, seule pour refaire ma vie, ailleurs. À 30 ans, seule ou en couple, pas un instant je n’hésiterais. Si c’était à refaire, je recommencerais.

Comment ton adaptation s’est-elle faite?

Nous sommes arrivés à Montréal à la fin du mois de juillet 2010. Il faisait beau et chaud.

Tout me semblait merveilleux. Je passais mon temps à m’ébahir devant le moindre écureuil qui croisait mon chemin, j’adorais écouter parler les québécois, je m’empiffrais de poutines (met particulièrement succulent pour qui n’est pas fan de grande gastronomie raffinée !)

Puis, vint l’automne, la pluie, le froid nous guette et attend le moment le plus opportun pour nous surprendre. Les recherches d’emploi ont été plus pénibles que prévues. Je ne m’étais peut-être pas suffisamment préparée au monde du travail nord-américain. Mais plus qu’un manque de préparation aux différences culturelles, c’est surtout un manque d’honnêteté vis-à-vis de moi-même qui m’a conduite à errer presque 4 ans dans les méandres du monde du travail. Si tu ne sais pas où tu vas, comment veux-tu y aller ? Et comment veux-tu que les autres te fassent confiance et t’aident à terendre à destination ?

Mes deux premières années à Montréal ont été relativement dures. J’ai souvent changé d’emploi, je n’arrivais pas à me faire d’amis. Et puis, un jour, j’ai compris. J’ai changé mon approche. J’ai fait un grand travail sur moi, j’ai fait face à mes contradictions, je me suis confrontée à mes faiblesses et à mes défauts, je les ai acceptés et je suis allée de l’avant. J’ai compris que j’étais la seule aux commandes de ma vie.

J’ai repris les études, j’ai cherché ce que je voulais faire de ma vie et à partir de là, je suis entrée dans un cercle vertueux. J’étais beaucoup plus charmante, je reprochais moins au reste du monde ce qui pouvait m’arriver et les gens ont commencé à me trouver plus sympathique. J’ai aujourd’hui un grand cercle d’amis, j’ai enfin trouvé ma place dans la société et je sais maintenant ce que je veux faire de ma vie.

Est-ce que tout cela aurait pu m’arriver si j’étais restée en France ? J’en doute. Je manquais de recul, de perspective. Se confronter à une autre culture, c’est aussi se faire face finalement ! Les Français sont parfois trop obtus et ont souvent tendance à rejeter la faute sur les autres pour éviter d’avoir à admettre leurs propres erreurs. Les Québécois sont loin d’être parfaits, mais j’ai fait mien un de leur credo « Essai-Erreur » !

Qu’as-tu trouvé que tu ne trouvais pas en France?

Quand nous sommes arrivés à Montréal, nous avons été hébergés par une amie de mon beau-père, qui habitait au Québec depuis une quinzaine d’années. Le premier conseil qu’elle nous a donné et que j’ai toujours tâché d’appliquer, était de ne surtout pas comparer. La France a des qualités que l’on ne retrouve pas au Québec et inversement. Il ne faut pas à tout prix cherché à reproduire sa vie d’avant. Sinon, à quoi bon partir vivre à 6 000 km de ses racines ?

Mon p’tit blanc pas cher du vendredi soir me manque. Les soirées raclette me maquent. Les voyages en Europe me manquent. Et plus que tout, mes amies me manquent. Mais la chaleur des Canadiens et l’enthousiasme qui règne ici m’aident à surmonter ces petits vides. J’ai trouvé un nouvel équilibre ici, je me sens bien, tout simplement.

Que dirais-tu à ceux qui veulent s’expatrier au Québec?

Si je devais donner un conseil, je pense que je leur dirais : « Make it count ».

L’expatriation, au Québec ou n’importe où ailleurs dans le monde, ne sera jamais que ce que l’on en fait. Si on cherche à fuir quelque chose, il y aura probablement des périodes de flottements, de remise en question et peut-être même un retour prématuré au pays. Il faut savoir ce que l’on cherche en partant vivre à l’étranger. Que ce soit professionnellement ou personnellement. Je ne regrette pas d’avoir vécu ces deux difficiles années, elles m’ont permis d’évoluer et de grandir, mais peut-être aurais-je pu profiter davantage de tout ce que le Québec avait à m’offrir, si je m’étais posée plus tôt les bonnes questions.

Il faut aussi savoir que l’éloignement suscite un sentiment d’urgence quand on revient en France pour les « vacances ». Je n’ose d’ailleurs pas parler de vacances tant il est éreintant de rentrer. Le temps nous est compté et c’est aussi bien une envie qu’un devoir de faire de chaque instant passé en famille ou entre amis, un moment merveilleux. La pression est énorme. Il faut pourtant se ménager, se protéger et bien préparer ces vacances-là.

Un dernier conseil, plus relatif au Québec, serait de ne pas prendre de haut ceux que l’on appelle en riant « nos cousins ». Il ne faut pas s’imaginer en terrain conquis. Le Québec n’est pas un morceau de France en Amérique, c’est juste l’Amérique qui parle français. Il faut savoir rester humble et accepter qu’ici, c’est nous l’immigré.

Canada forever? D’autres destinations pour poser tes valises en vue?

Hum, question peut-être taboue pour le moment. Je serai citoyenne canadienne d’ici la fin de l’année. Et j’ai l’impression que le Québec et le Canada ont encore beaucoup à m’apprendre. Pourtant, la rudesse et la longueur de l’hiver ont quasiment déjà eu raison de Nicolas.

De mon côté, après avoir goûté à l’expatriation, je ne m’imagine pas un seul instant rester ad vitam aeternam dans le même pays. Je risquerai peut-être de reprendre les mauvais réflexes que j’avais développés en France.

J’aimerais découvrir de nouvelles cultures, une nouvelle langue. Mais le choix de partir reste difficile. Tout plaquer, pour tout recommencer ailleurs, encore … Où partir ? Quand ? Pourquoi ? Comment ? Tant de questions auxquelles, je n’arrive pas encore à répondre.

Et quant à savoir si un jour je rentrerais en France, c’est un peu trop prématuré. Je ne sais pas si j’y ai encore ma place. Je reste très à l’écoute de ce qu’il s’y passe. Mais si je devais y rentrer demain, j’aurais l’impression d’être une étrangère dans mon propre pays. J’y ai perdu tous mes repères.

« Oublié dans son pays, inconnu ailleurs, tel est le destin du voyageur… » (Marcel Carné)