Jouons avec la langue

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Par Revolver

À Matthieu Ricard, célèbre moine bouddhiste, dont il s’étonne d’avoir découvert en préparant son entretien avec lui pour Tout et son contraire, qu’il a des talents reconnus de footballeur, Philippe Vandel, anticipe la réaction de son invité : « Vous allez me dire : ‘L’habit ne fait pas le moine’. » Une expression désuète que l’on utilise souvent, me direz-vous. Mais d’où vient-elle ? Que signifie-t-elle au fond ? Si, comme nous, vous adorez vous lancer dans ce genre d’enquête historico-linguistico-étymologique, vous vous délecterez à la lecture du charmant livre de Dominique Foufelle – et ne nous demandez pas l’étymologie de son patronyme si suggestif –, Expressions désuètes, aux éditions du Chêne.
Les animaux, les VIP des expressions désuètes
Nos amis les bêtes font la pause pour la gloire...

Nos amis les bêtes font la pause pour la gloire… _ Dominique Foufelle, Expressions désuètes, éditions du Chêne, 2012

Ils ont accepté de participer en guest stars à notre passage en revue de quelques-unes des expressions dont Dominique Foufelle nous dévoile les secrets. Précisons qu’il n’y a pas que nos amies les bêtes qui soient convoquées dans ce petit recueil foisonnant mais seules quatre personnalités ont bien voulu apporter leur contribution à notre article. Nous vous les présentons de gauche à droite:

Chaud lapin : Nos ancêtres (pas les Gaulois, ceux d’après encore) étaient des coquins, qu’on se le dise ! En ancien français, lapin se disait connin ou connil, ce qui laissait libre cours à toutes sortes de savoureux jeux de mots avec le mot latin cunnus, désignant – les amoureux de la langue (française) l’auront reconnu – le sexe féminin. Pour mettre un terme à toute allusion grivoise associant la pauvre bête (qui n’avait rien demandé) à cette partie de l’anatomie féminine, on décida, ni plus ni moins, de « change[r] radicalement le nom de l’animal. La connotation sexuelle perdura à travers l’expression ‘chaud (ou sacré) lapin’ ». Comme quoi, Duracell n’a rien inventé.

Sauter du coq à l’âne : Sachez que l’âne convoqué dans cette expression ne se réfère pas au bourricot mais à l’asne qui désignait à la fin du Moyen-Âge, la cane. Cela « pourrait donc évoquer le comportement du coq dans une basse-cour, que sa virilité exacerbée incite à sauter sur tout ce qui porte plumes. » L’auteur ajoute que celui qui passe du coq à l’âne laisse « planer un doute sur [s]a santé mentale ». A méditer par tous les êtres à virilité exacerbée…

Copains comme cochon : Pas de connotation érotique, cette fois-ci, désolées. L’auteur nous déçoit donc en nous révélant qu’ « il s’agit d’une altération du mot soçon ou chochon signifiant ‘camarade’ ou ‘associé’. Pas folichon, ce cochon.

Ours mal léché « L’expression désigne depuis le XVIIIe siècle un homme grossier dans son apparence et ses manières. Le manque d’éducation en serait la cause. Tel un ourson qui n’a pas été assez léché, donc soigné par sa mère, il est devenu agressif. » Conclusion, si votre compagnon ressemble à un ours mal léché, c’est la faute de sa mère (comme toujours).

Les carottes sont cuites
Cuites ou que huit, au moins, on est sûre que ce sont des carottes !

Cuites ou que huit, au moins, on est sûre que ce sont des carottes ! _ Credits Valérie R.

Ce sera l’expression de la fin. À moins que ce ne soit celui de la faim car, figurez-vous que les carottes étaient jadis une nourriture de pauvre et, quand on en préparait de vieilles, il fallait les cuire très, très longtemps. Et « chacun sait que ‘quand les carottes sont cuites’, il n’y a plus rien à espérer ! ».

Et vous, quelles sont vos expressions désuètes favorites ?