La Blonde Marilyn : une cruche qui fait son cinéma ?

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par Rouge

Etre blonde ou être cruche, des synonymes ? Et si la blonde Marylin Monroe n’était pas que la pin’up en noir et blanc – technicolor…
Certains l'aiment chaude...

Certains l’aiment chaude…

État des lieux d’une enveloppe blonde

Tout le monde ne peut pas être Eve Angeli ou Nabila (qui certes n’est pas blonde, mais que l’on peut aisément classer dans cette catégorie). Mais nous nous sommes habitués à ces êtres plastifiés, aux corps parfaitement entretenus, lyposucés ou regalbés à certains endroits stratégiques afin que les messieurs se retournent sur leur passage. Ces anti-dames à l’esprit pas très sain, versatiles. Pour le dire clairement, nous nous sommes habitués à ces êtres creux, qui pleurent parce que leur brushing est trop plat (ou le contraire selon l’humeur et la météo personnelle), inventent des expressions que tout le monde reprend à tout va (non mais allo quoi!) etc.

Cela nous satisfait un peu : elles sont (presque) jolies, mais qu’est-ce qu’elles sont cruches tout de même ! Alors que nous… Et puis il y a les blondes vieilles version, celles qui nous font nous poser des questions : il y a Marilyn Monroe.

Pour la personne de la fin du XXe siècle début du XXIe siècle que je ne peux dénier être, Marilyn Monroe est une cruche comme les autres, avec son sourire multicolore à la Andy Warhol et puis sa perfection plastique tout aussi lisse que celle des mannequins actuels. C’est un peu la blonde potache avant l’heure, rouge à lèvre marqué, grain de beauté bien placé, blond édulcoré (comme le cerveau en-dessous) et clin d’œil sexy avec une touche d’eye-liner pour la perfection. C’est le chouette déguisement de carnaval, car s’il y a bien un jour où l’on peut se permettre de paraître cruche, c’est à Carnaval. C’est la gourde dont la robe s’envole, et qui paraît nettement moins idiote que vous, lorsque vous passez devant une bouche de métro et que oui, ça vole aussi mais vous n’avez pas le geste parfait qui ferait que cela devienne élégant…

Bref, Marylin Monroe est une jolie idole, cruchesque à souhait, qui satisfait bien notre autocontentement : elle est si jolie, si lisse sur papier glacé, et d’ailleurs, aussi glacée que le papier…

Du pop’art au crush’art ?

Marylin Monroe dort avec du Chanel n°5 et rien d’autre… Avec ça l’on a rien dit. Rien dit de cette femme complexe, et complexée aussi. De cette femme qui s’est recréée au fil de sa carrière, qui a inventé son image de blondeur, de candeur, mais s’y est enfermée aussi. Marilyn Monroe crève l’écran d’un charisme pourtant indéniable, qui dépasse l’intérêt que l’on peut donner à sa chevelure blonde. Elle est celle que l’on attend, celle que tous les hommes attendent : dans Certains l’aiment chaud, elle fait une entrée fracassante, de ces entrées que l’on n’oublie pas, sur un quai de gare.


Certains l’aiment chaud – trailer par enricogay

Et voilà, on le sait qu’à partir de là, l’intrigue va être chamboulée, rocambolesque à souhait… Marilyn est là… Oui parce que c’est Marilyn, cette Sugar, comme les grands acteurs seuls savent le faire : il est un moment où la personnalité de l’acteur semble parfaitement coller à celle de son personnage. Marilyn réussit à insuffler de la vie à cette Sugar au fond bien lisse, qui aurait pu sombrer dans la bêtise ou le mièvre d’un plat trop sucré. Et l’on est charmé par ce personnage pas si niais, cette sorte de petite fille un peu fragile, qui boit pour oublier qu’elle est au fond très seule, en cachette, et qui a un goût pour les méchants saxophonistes, ceux qui la jettent au bout de quelques semaines comme un mouchoir usagé… Et qui cèdera une fois encore à cette passion, même si elle pense d’abord suivre un riche millionnaire.

L’on ne peut alors s’empêcher de penser à la personne qui se cache derrière l’acteur, à sa vie de strass et de paillettes et, peut-être, à la profondeur et à l’intelligence d’une femme qui s’est aussi enfermée dans une image parfaite, mais qui, au fond, n’était peut-être pas si forte, n’était peut-être qu’une frêle et fragile petite fille en manque d’amour, si candide, si naïve dans ce monde où tout la faisait paraître comme la pin’up adulée par les hommes. Une femme seule et bien plus intelligente que l’image qu’on lui colle à la peau.

Et d’abord une excellente communicante. Comment, en effet, ne pas être sensible à ses saillies d’interview, ces bons mots qu’elle égrène aux journalistes friands de ce genre de sucreries au goût légèrement sulfureux, tout juste ce qu’il faut pour rester dans la décence (nous sommes dans les années 50, tout de même!) Son analyse lucide d’Hollywood est à ce titre tout à fait pertinente :

« A Hollywood, la vertu d’une femme est beaucoup moins importante que sa coiffure. On vous juge sur votre apparence, et pas sur ce que vous êtes. A Hollywood, on vous paiera un baiser mille dollars, et on donnera cinquante cents pour votre âme. Je le sais, parce que j’ai très souvent refusé la première proposition et mendié la seconde. »

La conscience de la frivolité, la conscience de la force de l’image et son utilisation pour réussir, c’est aussi cela Marilyn. Car Marilyn Monroe n’est après tout que la création de Norma Jeane Mortenson,  Avec la tristesse de s’enfermer dans ce masque, et de n’être pour les autres que la pimbêche blonde, quand bien même, en 1962, elle est reconnue par le prix de la Star internationale. Mais Marilyn Monroe est d’abord une travailleuse acharnée, qui a lutté pour en arriver là où on la place aujourd’hui, sur le piédestal des icônes… Même si elle aurait tellement voulu être avant tout reconnue pour son jeu d’actrice qu’elle n’a eu de cesse de travailler. Refusée par Hitchcock pour le côté trop sexuel de son jeu…

Et son journal, du moins des lettres inédites de son journal, révèlent certains aspects de cette âme tourmentée. Qu’y dit-elle ? Un goût pour l’absolu, une profondeur noire et la frustration de ne pas atteindre la perfection… “Peut-être ne serai-je jamais capable de faire ce que je souhaite faire… Mais au moins j’ai de l’espoir…” Et l’on découvre, étonné, que Marilyn était aussi une grande lectrice, et que les strass et paillettes, c’était juste pour les photos… Parce qu’il y a eu aussi la fausse couche, l’avortement, toutes ces choses qui font aussi partie de la vie, bien loin de celle pourtant des pin’up que l’on s’imagine…

Et l’amour, la quête de l’amour, toujours insatisfaite mais bien là à l’intérieur.

Alors l’on se dit que toute blonde qu’elle fût, Marilyn n’était pas si vide et que derrière la cruche, le cinéma de sa vie, se cachait les obscurités de la réalité, plus noires, pleines de petites souffrances qui saignent, mais plus belles encore, fascinantes que cette vie de surface de candeur et de naïveté.

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