La fille au bonnet rouge

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Par Revolver 

En plus de 220 ans d’existence, le seul qui ait délaissé Marianne, ce fut le Maréchal Pétain. Érigée au lendemain de la Révolution française en symbole de la Liberté et de l’État français, cette femme à la poitrine généreuse comme doit l’être celle d’une mère nourricière et comme on rêve celle d’une maîtresse, coiffée d’un bonnet évoquant les esclaves affranchis de l’Antiquité, est devenue un attribut à part entière de la République française. Présente sur les pièces de monnaie, dans nos mairies et sur nos timbres, elle s’inspire d’un modèle, celui de la Liberté guidant le peuple d’Eugène Delacroix et est incarnée successivement par des femmes marquant la société française, génération après génération.
Aux armes, Messieurs !

Aux armes, Messieurs !

Une incarnation de la liberté

Allégorie du premier mot qui compose notre devise nationale inscrite depuis 1880 sur les frontons de nos institutions publiques, Marianne incarne la liberté à plusieurs titres. Elle est coiffée, on l’a dit, d’un bonnet rouge (ou bonnet phrygien) qui était porté par les esclaves affranchis sous l’empire romain. Ce couvre-chef, avant d’atterrir sur la tête de Marianne, symbolisa la Révolution française. Elle porte donc à proprement parler, non pas sur ses épaules, mais sur son crâne, l’affirmation de la liberté.

Son buste dénudé, son attitude de combattante, le fait même qu’elle soit une femme dans la revendication, toute la symbolique de son corps fait référence à une liberté peu commune et qui ne passe pas inaperçue. Toute une panoplie d’accessoires lui est associée, à ce personnage, notamment les chaînes brisées qui symbolisent le mieux la rébellion face à l’oppression.

Une belle fille du peuple

Le coq évoque la campagne mais reste moins sexy que Marianne. Gallus, mot qui désigne à la fois le gallinacé et nos ancêtres gaulois. Evincé un temps par l’aigle de Napoléon Bonaparte, le volatile revient en force avec la Troisième République, à partir de 1870, comme emblème de la France mais ne fait pas le poids dans les instances officielles face à la robuste Marianne lorsque tous deux bombent le torse. Pas à dire, les hommes politiques lorgnent du côté de la gironde jeune femme. Son prénom, contraction de Marie-Anne, est d’extraction populaire.

Une chanson de la fin du XIXe siècle donne la couleur quant au franc-parler qu’on attribue au personnage :

« Mon nom, à moi, c’est Marianne

Un nom connu dans l’univers ;

Car, j’aime à porter, d’un air crâne,

Mon bonnet rouge de travers ;

Et, du peuple, robuste fille,

Au jour des fiers enivrements,

Je veux, au grand soleil qui brille,

Avoir des mâles pour amants ! »

Débraillée, provocatrice et goulue, elle émoustille, la Marianne !

Toutes les Mariannes

La dernière femme à avoir inspiré la plastique de la Marianne officielle, on l’a découvert l’été dernier, avec indignation pour certains ou satisfaction pour d’autres, est la fondatrice des FEMEN, l’Ukrainienne Inna Shevchenko. Son choix n’a en tout cas pas laissé indifférent. Il est certain qu’une Brigitte Bardot, une Catherine Deneuve, une Mireille Mathieu et sa coupe au bol ou une Laetitia Casta ont représenté par le passé des options plus consensuelles. Déjà en son temps, l’élection par la société Les Marianne d’or de la présentatrice Evelyne Thomas comme Marianne en 2003 avait suscité des réactions oscillant entre l’hilarité et la prostration. Arguant du fait que l’animatrice était « populaire sans être vulgaire », le comité avait assumé sa décision. Sachez qu’un buste de Marianne en mairie n’est ni obligatoire ni gratuit : 400 euros minimum et jusqu’à plus de 1000 euros si on compte le socle !

Que l’on choisisse des sex-symbols pour représenter Marianne, c’est toujours plus agréable à regarder quand on attend à l’état civil de sa mairie. Mais à quand une belle Marianne comme celle-ci ?

Marianne noire

Affiche de l’exposition Marianne d’aujourd’hui en 2003 à l’Assemblée nationale


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