Le jetlag de la politesse Londres/ New-York/ Paris

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Par Revolver

De bienséance, de savoir-vivre ou de politesse, elles sont parfois douloureuses mais à certains endroits plus que d’autres à en croire notre petit périple entre Londres, New York et Paris. Les règles de vie en société et en particulier dans les transports en commun devraient être dans ces trois grandes métropoles occidentales à peu près similaires : fondées sur la courtoisie, l’attention portée aux autres et la discrétion. Pourtant, il n’en est rien. Découvrez avec nous qui du Londonien, du New-Yorkais et du Parisien, reçoit le Prix de la Générosité, la Récompense du Respect et la mention « Peut mieux faire ».
LONDON
La générosité du cœur

Dans un article du quotidien gratuit Metro du 6 novembre dernier, je découvre un témoignage qui me laisse rêveuse. Extrait du journal d’un usager des transports en commun : « Mercredi : c’est un mythe populaire celui qui veut que les gens ne cèdent pas les places prioritaires. Mon expérience n’a jamais confirmé ce mythe et dans le bus 159, bondé, une vieille dame avec une canne monte à bord et aussitôt on lui offre trois places dans un élan de politesse tout… britannique. » Eh oui, il s’agit d’un Metro lu dans le tube, à Londres. Ce n’est pas à Paris que ça arriverait !

Les Anglais ont inventé le fair-play, pas étonnant qu’ils aient la politesse comme seconde nature. A l’occasion des JO de 2012, un comité national pour la politesse avait même été créé en vue d’accueillir le plus respectueusement possibles les visiteurs !1 Quel perfectionnisme dans l’art d’être affable…

NEW-YORK
C’est la loi!

Un arbre à chiens ?

A New York, on ne plaisante pas avec les places prioritaires dans le métro. L’élan de politesse de nos voisins d’Outre-Manche est relégué au rang de la fioriture. Nos amis d’Outre-Atlantique s’en réfèrent à la loi. On ne transgresse pas une règle. Dans un registre beaucoup plus grave, on a vu la levée de boucliers suscité par les remises en cause de la liberté du port d’arme aux Etats-Unis, en dépit des massacres perpétrés dans des lieux publics par des déséquilibrés. Le deuxième amendement de la Constitution stipule en effet qu’« une milice bien organisée étant nécessaire à la sécurité d’un Etat libre, le droit qu’a le peuple de détenir et de porter des armes ne sera pas transgressé. »2 Hors de question pour bon nombre d’Américains de revenir sur ce cadre sacré de leur liberté individuelle. Mais revenons à nos bien plus légers moutons, à bord du métro new-yorkais. Dans Big Apple, il des arbres du quartier de l’Upper East Side comme des femmes enceintes : malheur à celui qui ne les ménage pas. L’affichage dans le métro annonce sans fioriture et sans détour : « Céder sa place, ce n’est pas seulement poli, c’est la loi. »

Please offer a seat...

A méditer…

 La politesse, une affaire de règlement donc. Et quand on croise un policier new-yorkais, on n’a pas envie de plaisanter avec le règlement !

PARIS
Paris, toujours pas gagné par la politesse…

Alors que la RATP préparait en 2011 le premier épisode sa campagne de communication Restons civils sur toute la ligne3, un certain Amadeus de la ligne 9 du métro laissait sur le site chervoisin2transport.fr le message d’un amoureux de la musique en détresse: « Mon cher voisin de transport, Tous les goûts sont paraît-il dans la nature… je ne vous en veux donc pas d’en avoir de lamentables en matière musicale, mais si vous pouviez en retour respecter les miens en branchant votre casque à votre téléphone pour écouter votre soupe plutôt que d’en faire profiter la rame entière, le mélomane que je suis vous en saurait gré. »

Photo buffle

Un buffle mufle ?

Un buffle mufle ?

Grand paradoxe de la situation : alors que nous sommes censés nous comporter tous (enfin, les Parisiens) soit comme des poulettes qui caquètent dans leur téléphone soit comme un buffle grossier, les conseils affluent pour améliorer le « vivre ensemble » dans les transports en commun. Voici quelques contributions avisées de voyageurs glanées sur chervoyageurmoderne.fr, digne héritier du précédent site.

Poétique : « Être bienséant aujourd’hui dans les transports, c’est… bouger son séant à bon escient : pas de popotin sur les strapontins aux heures chargées du matin, se mouvoir dans les couloirs bondés de la rame aux heures bondées du soir. »

Intimiste : « Être courtois aujourd’hui dans les transports, c’est… s’abstenir de partager ses conversations téléphoniques avec le plus grand nombre, aussi riches et intenses soient elles. »

Tendre : « Être poli dans les transports aujourd’hui c’est … se rappeler qu’il y a quelques années de ça, votre mère aussi vous a porté neuf mois et que, pour elle, vous auriez sûrement fait un effort. Non ? »

Une poule qui picote les bonnes manières...

Une poule qui picote les bonnes manières…

Ne me faites pas croire que la poule et le buffle sont les auteurs de ces préconisations retenues dans le Manuel de savoir-vivre à l’usage du voyageur moderne ! Tout cela est bel et bon mais est-ce suffisant pour rabattre le caquet de ces bavardes bruyantes ? Ces conseils dégrossiront-ils le buffle brutal ? La politesse est loin d’être un Paris gagné d’avance !

Morale de cette leçon de politesse : mieux vaut être une vieille femme impotente à Londres et enceinte jusqu’aux yeux à New York que simple voyageur à Paris où l’on circule dans une véritable ménagerie ! (Et si vous voulez voyager plus loin en matière de politesse, partez au Japon)

1 A découvrir ici !

3 Pour ceux que la communication passionne, voici une vidéo datant de l’époque du lancement de cette campagne qui ne manquera pas de vous intéresser