Le Marbré tricolore contre la météo morose

Share Button

par Rouge

Pourquoi faut-il privilégier les aventures culinaires, les livres et le lit aux aventures extra-culinaires ?
Pourquoi le marbré sauve-t-il le printemps du naufrage ?
Il n'y a pas que les courgettes, les haricots et Géant vert qui sont verts en cuisine !

Il n’y a pas que les courgettes, les haricots et Géant vert qui sont verts en cuisine !

Mes aventures extra-culinaires finissent mal (petit récit à déguster avant la recette à dévorer)

Il est des fins de semaine pluvieuses où il ne faudrait jamais se forcer à quoi que ce soit. Rester couché(e) sous une couette, et ne plus penser à rien qu’au bien-être d’un cocon duveteux et chaud, où tout n’est qu’évanescente douceur et volupté, en l’agréable accompagnement d’un honnête compagnon de rêverie littéraire de qualité supérieure… Et d’une part de délicieux marbré trois couleurs pour illuminer les journées trop sombres ou trop pluvieuse. Noble perspective qui m’eût sans doute éviter ces aventures extra-culinaires.

Las, je l’ai eue, cette étrange folie de vouloir me tirer du lit de force pour aller errer dans les rues de Paris, de vouloir aller du côté de la rue Mouffetard si hautement touristique mais qui garde pour moi un charme dépaysant hors du temps… et de m’y retrouver seule et complètement trempée dans les ténèbres d’un ciel bas et lourd trop sentimental pour ne pas larmoyer son hostile crachin sur ma petite personne. Et puis, je me suis dit, bourrue contre ce temps désespérant, toujours luttant, avec la persistance du lumineux espoir, que cette odieuse météo ne m’empêcherait pas de déguster un délectable et gras falafel de la rue des Rosiers, tout en me serpentant sur le fil de la rue des Blancs-Manteaux, avec ses  boutiques de petite ruelle parisienne surpeuplée de bobos en déroutes et de touristes perdus.

Le résultat fut, bien évidemment, un falafel aromatisé au sopalin, dont une partie de la sauce blanche dégoulina généreusement sur la devanture de ma veste bleu marine satinée neuve… tache qu’il faudra donc tenter de retirer ou donner au pressing.

Et comme l’insistance est bonne aux ridicules, et que las, j’en suis quelquefois, (malgré moi), je me résolus le jour suivant, envers et contre tous ces mauvais augures du sort, à aller contre, encore et toujours, avec la force du désespoir, et à vouloir m’enivrer de la nostalgie de l’Arcadie de Bonnard, actuelle exposition du musée d’Orsay… Bien mal m’en prit, car je me retrouvai, après m’être perdue entre Solférino et le musée d’Orsay, ce qui est rationnellement impossible, face à une foule de plusieurs centaines de mètres de personnes patientant sous leurs luxueux parapluies multicolores (contre mon piteux petit béret moucheté en laine de lapin, qui devait mettre, suite à cette aventure, plusieurs journées à sécher de sa triste déconvenue…). N’abandonnant pas encore (oui, l’obstination est fort mauvaise à l’excès, mais il en faut pour affronter la pénible réalité de tous les jours), je me dis que je pourrais malgré tout m’émerveiller de l’œuvre de Rodin, de la beauté et du réalisme des corps sculptés avec génie, de la merveilleuse expressivité des mains. Et je me retrouvai dans la huée des touristes fascinés par la beauté des fesses des œuvres de Rodin, et se permettant des touchers inconsidérés pour leurs photos souvenirs.

 

Bref, je ne sais s’il faut conclure ces expériences au sens comique ou au tragique, ou avec le flegme britannico-philosophique considérant que ce sont de simples petites aventures de la vie qui lui donnent aussi son plaisant croustillant.

Je crois que mon caractère d’enthousiaste forcenée penchera plutôt pour le comique, grâce à la seule, l’ultime aventure : l’aventure culinaire du marbré tricolore… Parce que quand rien ne va plus, autant en faire tout un cake…

Vive le marbré tricolore ! (oui ! C’est le moment de la recette !)

La vie est faite de nuances, et quelquefois, j’aime à ne pas me satisfaire de la dualité noir-blanc (chocolat-vanille) du marbré traditionnel. Je vous propose donc un marbré chocolat-thé matcha-vanille, pour vous délasser de ce que l’on nomme communément la « journée de m… », du temps pourri, de la froideur désespérante des gouttes d’eau qui courent sur votre visage et autres menues vicissitudes qu’il faut bien affronter dans la réalité triviale de toute existence.

Petit préalable : thé matcha ?

Qu’est-ce donc que cette étrange-thé ? Une poudre verte extrêmement fine (assez chère et rare, que vous trouverez principalement dans les épiceries japonaises). Le point positif, c’est que c’est aussi très bon pour la santé, riche en antioxydants (le marbré tricolore est une recette… saine… si l’on veut y croire). Le goût ? Si j’étais un critique gastronomique, je vous dirais que du thé matcha émane un goût suave végétal et authentique. Mais n’étant qu’une vulgaire tête à claque trop têtue à qui les aventures extra-culinaires ne réussissent pas, je vous écrirais donc que le goût du thé matcha tire vers un mélange de thé vert et d’herbe très amer. Bref, dégusté ainsi ou même en thé pur, ce n’est pas très bon (à moins de l’associer à une pâtisserie, bien sûr).

Les ingrédients de la recette du Marbré tricolore

  • 150g de beurre
  • 200g de sucre
  • 2 œufs
  • 260g de farine
  • 1/2 sachet de levure chimique
  • 10 cL de crème
  • 1 pot de petit suisse
  • poudre de vanille
  • 2 cuillères de poudre de cacao non sucrée (type VanHouten)
  • 1 cuillère de thé matcha

Mélanger le beurre fondu, le sucre et les 2 œufs jusqu’à ce que le mélange blanchisse (au batteur électrique, pour les flemmardes au désespoir). Rajouter la farine et la levure chimique et mélanger énergiquement. Enfin rajouter la crème et le petit suisse. Après, tout est affaire de division en 3 parties identiques : dans l’une, vous rajouterez le cacao, dans l’autre la poudre de vanille (selon votre goût), et dans la dernière, le thé matcha. Enfin, dans un moule à cake, alternez les couleurs et les couches, puis enfoncez un couteau et tracez des zigzags dans cette pâte non cuite pour mélanger un peu les couches. Puis faites chauffer une heure à 150° environ (le couteau doit ressortir du cake sans accrocher la pâte)

 

Et pour le sirop (parce que la raison ignore la raison de cette recette déraisonnable)

  • 50g de sucre
  • 2 cL d’eau
  • 2 cuillères à soupe de rhum

Pour apporter un peu de moelleux supplémentaire à votre divine œuvre culinaire, préparez un sirop en faisant bouillir le sucre et l’eau. Il faut que votre mélange fasse de jolies bulles et devienne légèrement collant. Rajoutez le rhum hors du feu (sinon, tout l’alcool s’évaporera, et le délicieux petit goût du rhum avec) Puis peinturlurez votre cake avec ce sirop, histoire de le faire joliment briller comme dans les pâtisseries bon chics bonbons et bobos.

 

Je vous garantis que cette aventure culinaire est sans déception, et du moins, vous consolera quelque peu des aventures extra-culinaires pas forcément très gaies. Et vive la couleur, et l’espoir verdoyant des jours des soleils et des éclats de rire !


0 comments