Les dessous des sex-symbols

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 Par Revolver

Archétypes de la féminité ou de la virilité que leur célébrité élève au rang de mythe, les sex-symbols, bien plus que des êtres de chair (tendance Gina Lollobrigida) et d’os (dans la veine de Kate Moss), sont avant tout des images (rarement sages). Je vous mets au défi de citer un sex-symbol antérieur à l’avènement de la photographie et surtout de l’industrie du cinéma hollywoodien. C’est bien l’image des sex-symbols qui marque l’imaginaire collectif et façonne des générations entières dans leur façon d’être, leur allure et leur conception de la beauté. Rouge Revolver vous dévoile les dessous pas toujours glamour du concept de sex-symbol…
Unique et universel

Seules quelques vedettes ont marqué de leur sceau les générations successives du XXe siècle et du début de notre XXIe siècle, en dépit de la prolifération d’icônes éphémères pour ne pas dire jetables des dix ou quinze dernières années produites par la télé-réalité. Les années 50 évoquent James Dean et Marilyn Monroe. La décennie suivante a porté aux nues notre BB nationale, dont personne ne méprisait alors les atouts. Madonna incarna dans les années 80 une icône sulfureuse dont les culottes portées ou lancées ne laissaient pas de marbre. Le règne des top-models dans les années 90 mirent une célèbre blonde, une fameuses brune, et une illustre Noire, dans une atmosphère très Benetton. Sans même que je nomme Claudia Schiffer, Cindy Crawford et Naomi Campbell, vous les aviez déjà reconnues ! Ces femmes (et ces quelques hommes) sont uniques, au point qu’une seule de leur caractéristique suffit pour les identifier.

Des sex-symbols uniques… dans leur catégorie car l’univers des sex-symbols, en plus d’être impitoyable, est très codifié. Vous hésitez peut-être au rayon des bombas latinas : opterez-vous pour Jennifer Lopez, Shakira, ou une des deux Eva (Mendes ou Longoria) ?

Au rayon homme, puisqu’il faut bien y arriver un jour, le choix des articles est maigre : des don juan ou des princes charmants (tiens, ça me rappelle quelqu’un qui disait que Don Juan et le Prince charmant, c’est kif-kif bourricot) : soit George Clooney ou Jude Law pour la version blonde, soit Brad Pitt ou … à croire que les Princes bruns n’existent pas. Non, les bruns, ce sont les bad boys qui n’ont que faire des règles et des lois et qui souvent nous malmènent si délicieusement, nous les femmes. En hors-la-loi chevelu des années 90, Antonio Banderas et son gros pistolet dans Desperado ; une dizaine d’années plus tard, Javier Bardem qui tire plus vite que son ombre, pardon, qui accueille entre ses bras (à tour de bras) brunes et blondes dans Vicky Cristina Barcelona ; le fils à papa qui essaie de faire mieux que son géniteur (c’est raté : son père chantait, faisait chavirer les cœurs et fécondait des femmes à chaque fois plus jeunes, lui vend des parfums sous Photoshop!), Enrique Iglesias… Vous aurez reconnu le fameux brun ténébreux. Les sex-symbols existaient donc déjà dans la littérature sous d’autres formes, laissant sans doute plus de place à l’imagination : rappelez-vous le méchant Heathcliff Des Hauts de Hurlevent d’Emilie Brontë !

L’Espagne, une terre native pour les sex-symbols?

Pour accéder au statut de sex-symblol, il faut être la fois chanceux (n’aurait-on pas trouvé Marilyn Monroe trop replète à une époque comme la nôtre qui adule la minceur extrême ?), avoir l’air unique tout en répondant à des critères très précis qui touchent les foules pour qu’elles puissent projeter leurs fantasmes et désirent s’identifier.

Fantasme n°1

Le sex-symbol représente un partenaire idéal. Souvent, les adolescent(e)s rêvent de rencontrer « un Brad Pitt » ou « un Tom Cruise » (enfin, ça c’était dans les années 80 et 90), un Robert Pattinson, une Megan Fox… comme on demanderait au Père Noël un camion de pompier, un scooter ou une Playstation. D’ailleurs, ils ont à peu près autant de chance de vivre ces expériences extraordinaires que seraient la rencontre ardemment espérée avec un sosie des susmentionnés et une livraison par le Père Noël himself. Le sex-symbol censé évoquer la perfection physique, atteint parfois la caricature. Le modèle de la blonde plantureuse est à son comble sous les traits, les courbes devrais-je dire, de la plus célèbre porteuse de maillots de bain échancré, Pamela Anderson. Plus excessive encore : la poupée Barbie. Elle présente toutes les caractéristiques de la femme fantasmée en Occident à la fin du XXe siècle : blonde, lèvres charnues, poitrine opulente, jambes très fines.

Regardez-moi... où déjà ?

Jolie poupée… ou pas

Si les hommes semblent peu se référer un idéal physique incarné par une vedette, les jeunes filles et les moins jeunes, voudraient ressembler à telle star, avoir les fesses de telle chanteuse, les cheveux de telle actrice… L’identification se fait fétichiste. Et c’est là que le marketing à tout compris !

Sexy money

La légende veut que Marilyn ait évoqué spontanément dans des interviews la marque de son parfum. Encore aujourd’hui, Chanel capitalise sur ses précieuses citations qui valent de l’or  (dont une once équivaut sensiblement au prix au litre du mythique n°5). Les marques de luxe choisissent pour égéries des vedettes du cinéma, de la chanson et du sport pour associer leur image de jeunesse éternelle, de glamour et leur aura à leur nom. Tout devient histoire de croyances et d’affect : si je porte le même parfum que Scarlett, un homme séduisant viendra me chercher au pied de chez moi dans son auto rutilante, comme dans le spot publicitaire (le film, que dis-je, de Scorsese). En revanche, ne jamais porter des jeans Armani comme Cristiano Ronaldo, ça rend visiblement aveugle !… Le sex-symbol devient un panneau publicitaire et il n’est pas étonnant, notamment parmi les sportifs (Cristiano Ronaldo, David Beckham en tête) que les contrats publicitaires constituent une part colossale de leurs revenus.

On l’aura compris, tout comme les publicitaires, ce qui attire les masses, c’est l’image et l’imaginaire autour d’une personnalité, d’un personnage devrait-on dire, car souvent, on confond (et on est encouragé dans ce sens) les personnages incarnés par les sex-symbols et leur personne. Déjà dans les années 30, Vivien Leigh est Scarlett, la splendide peste. De même que Sharon Stone se confond, dans l’imaginaire collectif, avec son personnage dans Basic Instincts.

Dans le même registre, il est intéressant de voir comment la chanteuse Beyoncé incarne tour à tour des personnages féminins, féministes mais finalement pas trop. De Bills puis Independant woman avec son groupe les Destiny Child, à Who run the world et Irreplaceable, elle campe une femme forte, qui ne s’en laisse pas compter (et qui sait compter son argent). Pourtant, dans son clip Crazy in love, elle accumule les clichés de la bombasse du gros méchant rappeur, pas très progressiste. Les hommes aiment et les femmes s’empressent de l’imiter à leur tour dans tous ses personnages si sexy…

Vidéo Crazy

Les sex-symbols et leur destin souvent tragique, preuve récente en est du décès prématuré de l’acteur Paul Walker, les projections, les fantasmes, les opportunismes qu’ils suscitent de plein gré ou malgré eux, démontrent par leur trajectoire la puissance de l’image et de l’imaginaire. La vie se montre peut-être plus cruelle encore avec ces sex-symbols que leur beauté abandonne au fil des années, comme Brigitte Bardot ou Sofia Lauren, que nulle intervention de chirurgie ne peut sauver de la déchéance. Le rêve s’éteint avec leur éclat. Et cela, Marilyn le prédisait dans sa terrible chanson Diamonds are a girl’s best friend : « Men grow cold as girls grow old » (Les hommes deviennent plus frileux au fur et à mesure que les filles vieillissent). Cette note sombre ne doit nous empêcher de rêver sur nos sex-symbols préférés…