Les mots d’Oscar Wilde

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Par Revolver

Oscar Wilde à des douaniers new-yorkais : « Je n’ai rien à déclarer que mon génie. »
My name is Wilde, Oscar Wilde

My name is Wilde, Oscar Wilde

Pour évoquer la sulfureuse et brillante figure d’Oscar Wilde, nous avions un temps songé à faire l’éloge ô combien mérité de la bande dessinée Dorian Gray d’Enrique Corominas, inspiré du Portrait de Dorian Gray. Pourtant, notre choix s’est porté sur un ouvrage un peu plus confidentiel : Aphorismes, aux éditions Arléa, qui regroupe, par thématique, des citations de l’auteur irlandais. Introduits par un topo plutôt drôle de l’acteur britannique Stephen Fry (il a incarné l’artiste dans le film éponyme Wilde en 1997), le lecteur ne sait pas trop qui a choisi et arrangé ces perles. Peu importe car cette promenade à travers ces sages paroles, pleines d’ironie, de brio et de lucidité nous réserve des pépites !

Découvrez Dorian et sa bandedessinés par Corominas

Découvrez Dorian et sa bande dessinés par Corominas

Les femmes, un sexe décoratif

« Les femmes forment un sexe fort décoratif. Elles n’ont jamais rien à dire, mais avec quel charme elles le disent. Elles incarnent le triomphe de la matière sur l’esprit, alors que les hommes, eux, représentent le triomphe de l’esprit sur la morale. »

Misogynie de bon aloi à la fin du XIXe siècle, très politiquement incorrecte à l’heure des ABCD de l’égalité en notre début de XIXe siècle. Il semblerait que ces traits, pourtant nombreux sous la plume et dans la bouche d’Oscar Wilde, ne soient que des pirouettes pour le plaisir. Très peu de temps après son mariage avec la bien nommée Constance, il s’afficha avec ses conquêtes masculines, nombreuses, d’un jour ou d’une vie. En effet, ce fut le père de l’un de ses amants de longue date, rejeton de la noblesse anglaise, Alfred Douglas, alias Bosie (« beau gosse »), qui le fit juger et mettre en prison en raison de ses mœurs homosexuelles. Oscar Wilde affichait ouvertement sa sexualité à Paris, à Londres et partout où il voyageait et se fichait comme d’une guigne des femmes. Il était plus sensible au mobilier des maisons dans lesquelles il était invité. Il aurait signalé aux parents du jeune Marcel Proust que leur ameublement était si laid qu’il se voyait dans l’obligation de quitter les lieux sur le champ. C’est dire combien l’esthète était sensible à la décoration.

L’art planplan

« S’il est une chose que déteste le public, c’est la nouveauté. Toute tentative d’élargir le domaine de l’art lui est désagréable. »

Walt Disney en sait quelque chose. Jean-Matthieu Pernin dans sa chronique du 26 février sur Fantasia à la Salle Pleyel, raconte comment ce dessin animé a été un vrai échec commercial à sa sortie en 1940. Les spectateurs avaient adoré Blanche Neige et les sept nains et ne s’attendaient pas du tout à une œuvre expérimentale, à de la musique classique, en un mot à de la nouveauté. Heureusement, l’année suivante, Walt Disney sauva la face avec Dumbo, un dessin animé bien gnangnan ; on n’en attendait pas moins de lui déjà à l’époque. Malgré cela, il récidiva dans les années 1950 avec Alice au pays des merveilles et patatras!… Depuis, les studios Disney ont relu leurs classiques et ont retenu la leçon de l’oncle Oscar : « on ne le bouscule pas, le spectateur ». A quand une version Disney du Fantôme de Canterville ?

Les originaux et l’imagination

Orphée à la sauce brésilienne

Orphée à la sauce brésilienne

« L’originalité que nous réclamons à un artiste, c’est celle du traitement, pas celle du sujet. Seuls les gens qui manquent d’imagination inventent. On reconnaît le véritable artiste à la façon dont il utilise ce qu’il s’annexe, et il s’annexe tout. »

Comment ne pas penser en lisant ces mots à ces œuvres qui puisent leurs sources dans une culture ancestrale et qui nous bouleversent par leur créativité ? Pour ne citer qu’un seul exemple, la lecture du mythe d’Orphée faite par Marcel Camus dans son magnifique film de 1959 Orfeu Negro. Orphée, en héros tragique d’une histoire d’amour impossible, que la mort dans une affreuse mascarade – carnaval oblige – guette et traque sur des rythmes envoûtants de percussions.

De façon beaucoup plus terre à terre (bien qu’on puisse aller avec Orphée plus bas que terre), penchons-nous un instant sur cette mode qui consiste à inventer des prénoms. D’avance pardon aux parents qui ont pris cette liberté éprise de nouveautés : leur susceptibilité pourra être heurtée par les lignes qui suivent. Prenons, au hasard, témoignage d’une maman qui livre sa méthode : « Nous ne trouvions rien. Nous aimons les papillons, alors nous avons coupé le mot en illon. » Au risque de passer pour rétrograde, ne peut-on pas estimer que le patrimoine culturel de chacun et l’histoire de chaque famille recèlent d’assez de trésors en guise de prénoms pour y trouver son bonheur (et ne pas faire le malheur de sa progéniture) ? Le prénom raconte lui aussi une histoire un peu plus longue que celle d’un papillon coupé (espérons qu’il ne l’a pas été au niveau des ailes).

Jeune à tout prix

« Les jeunes hommes voudraient être fidèles et n’y parviennent pas ; pour les vieux, c’est l’inverse. »

Oscar Wilde, à l’instar de son héros Dorian Gray, est attiré et fasciné par la jeunesse et par les excès qu’elle s’autorise. La débauche devient plus éprouvante à l’âge mûr : on accuse le coup des abus passés et les articulations (sans parler du reste) ne suivent plus. Ne prônant pour seule loi que celle du plaisir, la fidélité d’Oscar Wilde à sa quête de jouissance ne correspond guère à celle de la morale judéo-chrétienne.

Cette citation tirée du Portrait de Dorian Gray rappelle d’autres proverbes confrontant les limites de la jeunesse et de la vieillesse. « Si jeunesse savait, si vieillesse pouvait ! » Le manque d’expérience manque aux moins de 35 ans pour être au sommet tandis que la perte irréversible de dynamisme met un terme définitif à la poursuite de la toute-puissance des plus de 45 ans. Peut-être reste-t-il un créneau entre 35 et 45 ans.

Alerte rouge

Le maquillage e(s)t un masque

Le maquillage e(s)t un masque

« Hier soir, elle portait beaucoup trop de rouge et pas tout à fait assez de vêtements. C’est toujours un signe de désespoir chez une femme. »

Tellement savoureux de tomber sur cette petite pépite ! Elle nous évoque le récit irrésistible d’une jeune femme relatant sa laborieuse semaine de stage financée par Pôle Emploi pour apprendre à écrire un CV et une lettre de motivation. Cet atelier était mené par une psychologue du travail (mais sans doute pas des relations humaines). Cette diplômée de psychologie institua son propre CV comme exemple à suivre. Elle balaya les velléités d’écriture soignée de notre chercheuse d’emploi en décrétant sa lettre de motivation trop « nulle ». Prévenue, le troisième jour, qu’en dépit de sa calamiteuse lettre de motivation et de son lamentable CV, elle s’absenterait pour un entretien d’embauche, la psychologue ne se laissa pas abattre : « Veillez à ne pas mettre une robe aussi courte, ce pourrait être préjudiciable auprès d’un employeur. Surtout si c’est une femme. Elle pourrait être jalouse. » L’histoire ne dit pas quelle robe ni même quel rouge à lèvres la candidate choisit le jour du rendez-vous mais elle fut en mesure d’annoncer à la fine psychologue qu’en dépit de ses nombreux handicaps, elle était embauchée en CDI sur le champ. Qui de la future ex-chômeuse ou de la psychologue était la plus désespérée ?

Terminons en beauté sur cette audacieuse cartographie dessinée par Oscar Wilde dans L’Âme humaine : « Une carte du monde ne faisant pas mention du royaume d’Utopie ne mérité même pas un coup d’œil, car elle laisse à l’écart le seul pays où l’humanité finit toujours par aborder. Et quand elle y aborde, elle regarde à la ronde, et, découvrant un pays meilleur, elle cargue ses voiles. »


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