Les super-pouvoirs du chocolat

Share Button

Par Revolver

Le chocolat, ce héros aux super-pouvoirs si attirant…

À l’approche de Noël, mes collègues et moi-même fûmes gratifiés d’un « cocktail déjeunatoire » pour nous récompenser d’avoir digéré une réunion sur les nouveaux objectifs « ambitieux » de notre entreprise « plus que jamais audacieuse ». Je discutais gentiment avec quatre collègues – quatre hommes – quand vint le moment sérieux où le maître d’hôtel nous proposa les mignardises sucrées. L’un d’eux choisit un petit four surmonté d’une myrtille et j’optai, résolue, pour un mini-opéra dont le glaçage chocolaté me faisait saliver d’avance. Un autre ne prit rien mais commenta : « Vous, les femmes, et le chocolat ! »…

Un diamant brut, la fève de cacao

Un diamant brut, la fève de cacao

Moi, victime du chocolat ?

Je ne relevai pas la remarque, trop occupée à savourer ma petite douceur cacaotée, mais sombrai toutefois dans une profonde réflexion. Les hormones féminines prédestinaient-elles à une attirance irrésistible pour le cacao ? Le chocolat était-il une drogue douce, voire dure, sous toutes ses formes : à sniffer, à boire, à lécher, à croquer ? Pourquoi les Belges, les Suisses et les Basques excellaient-ils dans la fabrication du chocolat ? Pourquoi détestais-je le Galak et adorais-je le chocolat chaud de chez Dodin ? D’où le chocolat tenait-il ses mystérieux pouvoirs ? Le temps de me poser toutes ces questions existentielles, mon collègue à la remarque facile s’était jeté sur une friandise bizarre qu’il suçait avec gourmandise : une sucette non pas à l’anis mais au Nutella qui pétille dans la bouche. Une expérience particulière que je ne souhaite à personne, surtout à ceux qui aiment vraiment le chocolat.

Dodin, signature basque du chocolat chaud

Dodin, signature basque du chocolat chaud

Des origines divines

Quittons notre univers feutré de petits-fours et de piques perfides pour remonter le temps, voyager en Amérique centrale et comprendre le rôle du cacao pour les Mayas et les Atzèques. Découvrons les origines divines du chocolat. Les graines de cacao avaient une valeur élevée pour les Mayas : ils s’en servaient pour faire du troc mais aussi pour fabriquer une boisson à des fins thérapeutiques ou utilisées pour certains rituels. De nombreux sites commerciaux racontent l’histoire du chocolat, avec plus ou moins de brio, mais reconnaissons que Mademoiselle de Margaux s’y livre avec un certain talent. N’ayant pas (encore) goûté ses produits, nous ne garantissons pas leur qualité et nous contentons donc de citer sa page consacrée à l’histoire du chocolat : « Le livre de la Genèse Maya, le Popol Vuh, attribue la découverte du chocolat aux dieux. Cette boisson aurait été confectionnée lors de l’union naturelle du héros Hun Hunaphu avec une jeune fille de Xibalba, l’inframonde maya. Hun Hunaphu avait été décapité par les seigneurs de Xibalba. Sa tête fut ensuite pendue à un arbre mort qui donna miraculeusement des fruits en forme de calebasse appelés cabosses de cacao. La tête du héros cracha dans la main de la jeune fille, assurant ainsi sa fécondation magique. Depuis, le peuple maya se sert du chocolat comme préliminaires au mariage.»

Le cacao marque aussi une autre civilisation, celle des Atzèques qui « vers 1300 après J.-C., […] associèrent le chocolat à Xochiquetzal, la déesse de la fertilité. Dans l’ancien Mexique, le chocolat était consommé sous forme de boisson amère et pimentée appelée xocoatl, souvent aromatisée à la vanille, au piment et au roucou. Le xocoatl était censé combattre la fatigue, une croyance qui est probablement attribuable à la théobromine [dont nous reparlerons plus bas]. Seuls les nobles et les guerriers consommaient du chocolat car le cacao était une marchandise rare qu’il fallait importer depuis les vergers du Tabasco et du Soconuzco appartenant aux mayas. Le cacao était un produit précieux dans toute la Mésoamérique. »

Vous l’aurez compris, loin d’être un produit de masse, ayant subi moult transformations avant d’arriver dans les palais de tout à chacun, le cacao était un produit rare et réservé à une élite. Pour parvenir jusqu’en Europe et faire escale dans un palais (royal), il fallut attendre au XVIe siècle les explorateurs tel que Cortès…

Un luxe royal

Le Robert historique indique les origines espagnoles du mot chocolat, chocolate, lui-même venu d’un dialecte du Mexique. S’il est attesté que les Olmèques du Mexique en consommaient déjà il y a 2600 ans, notre dictionnaire de référence suggère que le mariage de Louis XIV avec l’Infante d’Espagne aurait probablement favorisé sa diffusion et sa consommation en Europe. Le Robert s’égare ensuite en évoquant des expressions inusitées, telles que « faire le chocolat » pour « faire le naïf », tel Chocolat, un clown apparemment célèbre qui faisait sans doute le benêt, ou encore « être chocolat » pour signifier que l’on est « frustré dans son attente ». On en conclut qu’il vaut mieux en avoir que d’être chocolat… Ne nous perdons pas dans les méandres linguistiques dans lesquelles nous nous laissons trop aisément entraînés en ouvrant un tel usuel. Revenons à notre périple historique, à la cour du Roi de France.

Le château de Versailles consacre une page complète à la savoureuse alliance entre le lieu et la denrée :  le chocolat à Versailles. Nous y découvrons que le précieux élixir y est présent bien avant le mariage de Louis XIV : « Le chocolat est introduit en France en 1615, lors du mariage de Louis XIII et Anne d’Autriche à Bayonne. Le met, sous toutes ses formes, entre dans les habitudes culinaires de Versailles sous Louis XIV, qui popularise sa consommation à la Cour. Mais c’est Louis XV, au siècle suivant, qui est considéré comme le plus grand amateur de cette boisson à base de cacao. Il arrive que le Roi prépare lui-même son breuvage dans les cuisines de ses Petits Appartements. » N’omettons pas cette touche piquante : « Les favorites de Louis XV, dont Madame du Barry, ne se privent pas non plus de ce cocktail exotique, notamment apprécié pour ses vertus aphrodisiaques.» Il est à noter que la recette de la boisson diffère quelque peu de celle que l’on consomme aujourd’hui, Louis XV préconisant de faire bouillir des tablettes de chocolat avec de l’eau et d’y ajouter des œufs…

Bien plus tard, « en 1770, lorsque Marie-Antoinette épouse Louis XVI, elle arrive à la Cour de Versailles avec son propre chocolatier, qui prend le titre très officiel de « Chocolatier de la Reine ». L’artisan invente de nouvelles recettes et mêle le chocolat à la fleur d’oranger ou à l’amande douce. » Découvrez dans la vidéo qui suit à partir d’1min32 la recette favorite de Marie-Antoinette, accompagnée de préférence de petits macarons…

La démocratisation du chocolat ne survient qu’au XIXe siècle, avec des recettes plus digestes (notamment celle du célèbre Hollandais Van Houten) et l’industrialisation qui permet à des usines tel que celles de Meunier de produire du chocolat en grande quantité.

Van Houten eut la brillante idée de fabriquer un chocolat plus digeste

Van Houten eut la brillante idée de fabriquer un chocolat plus digeste

Chocoholic

Une étude californienne de 1996 trop méconnue dont Libération se faisait le relais à l’époque, révélait déjà que cannabis et chocolat contenait des molécules proches. Celle mise en exergue par nos choco-chercheurs répond au doux nom d’anandamide. Elle s’allie, pour nous rendre dépendants, à la phényléthylamine, une copine des amphétamines, ainsi qu’à la caféine et une autre molécule cousine, la théobromine. Cocktail qui serait donc responsable de notre piteuse condition de chocoholic. Un anglicisme formé de « choco » et du suffixe « holic » qui qualifie tout drogué (voir alcoholic, worholic, etc.) qu’un chocolatier belge a repris à son compte et dont il propose une aimable traduction : « mordu de chocolat ». Aimable ? Pas si sûr, car le mordu de chocolat n’évoque-t-il pas l’enragé ?…

Parmi la centaine de substances chimiques que contient le chocolat, toutes ne sont pas nocives ! De même que certains ont besoin d’un petit café pour bien démarrer la journée, d’autres opteront pour un carré de chocolat noir pour ressentir les effets stimulants et énergisants de la caféine. En ingérant du chocolat, nous nous procurons du plaisir, en atteste la production de dopamine et d’endorphine, hormones qui ont toutes deux des vertus antidépressives, tout comme le magnésium. Le seul risque que nous courrons en nous laissant tenter par une bouchée, un bon chocolat chaud ou une part de fondant (comme le Chocolat au carré), c’est de leur trouver un petit goût de revenez-y…

Le réconfort d'une brioche au chocolat

Le réconfort d’une brioche au chocolat

Et vous, quelle est votre forme favorite de chocoaddiction ?

Version musicale du chocolat de Pâques

Version musicale du chocolat de Pâques


0 comments