Le Lièvre de Vatanen, l’exotisme à la finlandaise

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Par Revolver

Suivez le lièvre-guide

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Le bouche à oreille (de lièvre) marche depuis près de 30 ans pour ce roman

Besoin d’exotisme pour changer d’air ? Lisez donc un roman finlandais : Le Lièvre de Vatanen d’Arto Paasilinna. Ce récit à la fois rafraîchissant et touchant nous entraîne à la suite d’une petite bête estropiée par deux journalistes quadragénaires trop pressés sur la route. Tout commence quand l’un des deux abandonne un instant l’autre pour s’assurer que le lièvre n’a pas trop souffert du choc et que, sans explication, il l’abandonne tout court. Vatanen, c’est le nom de ce journaliste déçu par son mariage, son travail et sa vie, ne se séparera plus de son compagnon aux longues oreilles et enchaînera des aventures les plus loufoques les unes que les autres à travers la Finlande et même jusqu’en territoire soviétique (l’histoire se déroule dans les années 70). Quelques-unes des très bonnes raisons de suivre Le Lièvre de Vatanen.

« Un homme n’a pas le droit de disparaître comme ça. »

Eh bien si, Vatanen se l’accorde ce droit, de plaquer femme et patron. Ayant à peu près autant de considération pour l’un que pour l’autre – à savoir aucune –, il se défait de son emploi et déserte le domicile conjugal. Pour s’assurer des réserves d’argent, très vite, il décide de revendre son bateau et se fait embaucher comme bûcheron à travers la Finlande, au gré de ses pérégrinations. Il faut bien avouer que le personnage suscite la compassion immédiate du lecteur : entre son collègue qui n’a la patience de l’attendre sur le bord de la route que le temps d’une cigarette avant de remettre les gaz et « sa femme [qui] parlait parfois d’aller au théâtre, mais il ne voulait pas sortir avec sa femme, rien que sa voix, déjà, l’exaspérait », on comprend la lassitude de Vatanen… Aussi jubile-t-on quand on lit le dernier message qu’il délivre à leur intention, sur un papier griffonné à l’hôtel où femme et collègue espèrent encore le piéger et le ramener à la raison en même temps qu’à Helsinki : « Fichez-moi la paix. Vatanen ».

« N’importe qui peut mener ce genre de vie, à condition de savoir renoncer d’abord à son autre vie. »

Vatanen, accompagné de son lièvre, s’acclimate très vite à son nouvel environnement. La vie en forêt lui réussit bien. Il s’accommode de nuits à la belle étoile, de petits travaux au jour le jour, de rencontres impromptues. Il fait même contre fortune bon cœur lorsqu’il se retrouve au milieu d’un gigantesque incendie. « Vatanen se dit que la vie était pleine de surprises : il y a un mois encore, il était assis, morose, au bistrot du coin, avec un verre de bière tiède à la main et, maintenant, il était dans ce désert brûlant, enveloppé de fumée, le sac plein de poissons humides, la sueur aux fesses.
‘Plutôt mille fois ici qu’à Helsinki ‘, sourit Vatanen à travers ses larmes. »

« Ses conditions de vie étaient très primitives. »

Le héros mène une vie frugale, dans une nature parfois hostile, comme en témoigne un chapitre où un corbeau pille ses réserves de nourriture au point que Vatanen maigrit à vue d’œil, mais la faune la plus dangereuse n’est pas celle qu’on croit ! Des militaires étrangers, haut gradés, accompagnées de leurs raffinées épouses s’avèrent plus redoutables (de bêtise) que l’ours qui rôde dans les parages et que ces messieurs-dames veulent rencontrer à tout prix. « Nous avons l’intention d’abord de le regarder, de prendre des photos et de le filmer, puis nous voudrions l’abattre. Pouvez-vous arranger la chose ? » De quoi conforter Vatanen dans son évitement de ce que l’on a coutume d’appeler la civilisation. Au-delà des rencontres insolites et des anecdotes croustillantes, il y a un fond d’écologie dans le récit de Paasilinna. Sans slogan, sans morale mais aussi sans angélisme, l’auteur montre le sacré de la forêt, des animaux et des équilibres naturels.

Enfoncez-vous donc dans la forêt finlandaise avec Vatanen et son fidèle compagnon, vous ferez plus de rencontres que vous ne l’imaginez. Peut-être, à l’instar du héros, finirez-vous par trouver votre chemin et aurez-vous envie de vous affranchir d’une vie dont vous ne voulez plus. Envie de vivre une liberté entière et sans compromis.