Louis XVIII mis KO par la goutte

Share Button

Par Revolver

Louis XVIII posant en roi normal

Louis XVIII posant en roi normal

Ce roi qui avait la goutte vous donnera-t-il la larme à l’œil ?

Son frère, Louis XVI, n’avait jamais voulu être roi et c’est parce qu’il était roi qu’il fut guillotiné le 21 janvier, place de la Concorde. Après ce monarque malgré lui, celui qui était destiné à régner, c’était le dauphin, Louis-Charles. Bien que reconnu par les royalistes comme successeur légitime de Louis XVI, Louis Charles – Louis XVII – ne régna jamais. Il mourut à l’âge de dix ans par manque de soins, emprisonné dans la Tour du Temple où il vivait reclus depuis près de trois ans. Sans frère et sans neveu, Louis Stanislas, comte de Provence, voit s’ouvrir la voie (forcément royale) jusqu’au trône de France… Portrait de cet intermittent de la royauté, pas très populaire et pas très glamour.

Napoléon vs Louis XVIII (premier round)

Ce n’est pas tout d’être débarrassé de son frère, feu le roi, de son neveu, héritier légitime de la couronne, mort avant d’être libéré de sa geôle. Dès 1795, Louis Stanislas, désormais Louis XVIII, a le droit très officiel mais très virtuel encore de poser son royal derrière sur le trône. Le hic, c’est que les Français ne veulent plus de monarchie. Enfin, ils désirent malgré tout, sans se l’avouer, un homme fort. Qu’à cela ne tienne, il y a un petit Corse plein de bonnes idées pour la gloire de la France et surtout plein d’ambition : Napoléon Bonaparte. Dix ans à peine après la Révolution, ce militaire parvient au pouvoir et après quelques simagrées (Premier Consul, consul à vie), se dit qu’empereur, ça a tout de même plus d’allure…

En 1804, la restauration de la monarchie que Louis XVIII appelle de ses vœux depuis la Prusse où il est exilé est loin, c’est le temps de l’Empire. Napoléon parvient même à éloigner Louis XVIII un peu plus encore, en exerçant d’amicales pressions sur le roi de Prusse. L’héritier de la couronne de France et de Navarre se réfugie alors en Russie ! Quelques années plus tard, le tsar Alexandre étant contraint de s’allier avec Napoléon, Louis XVIII s’installe chez le seul ennemi encore vaillant de l’Empire napoléonien : l’Angleterre.

Enfin, en 1814, après une série de défaites, Napoléon abdique. L’heure de gloire est arrivée pour Louis le Gros (l’un de ses charmants surnoms). Mais pas pour longtemps car le petit Corse qu’on a chassé par la petite porte, revient par la fenêtre. Plus difficile encore que restaurer la monarchie est de prendre la place d’un empereur. Ne remplace pas Napoléon qui veut…

Louis XVIII relevant la France ( mais relever n'est pas peloter...)

Louis XVIII relevant la France ( mais relever n’est pas peloter…)

Napoléon vs Louis XVIII (deuxième round)

Eh oui, Napoléon revient mais pour cent jours seulement. Il débarque le 20 mars 1815 et est débarqué à l’été, après sa défaite à Waterloo. Louis XVIII revient de Gand où il avait pris l’air. Il s’attelle à gouverner en ne cédant pas tout aux ultra-royalistes pour ne pas brusquer le pays tout en maintenant la monarchie.

Louis XVIII ne trouverait-il pas botte à son mollet?

Louis XVIII ne trouverait-il pas botte à son mollet?

Dans les années 1820, nos voisins côté Pyrénées bousculent un peu trop leur monarque, le roi Ferdinand VII qui a besoin du soutien de la couronne française. Commence au début de l’année 1823 l’expédition d’Espagne. Napoléon a quant à lui passé l’arme à gauche à Sainte Hélène en 1821. Les opposants à Louis XVIII se servent du souvenir encore vivace des défaites de feu l’empereur pour annoncer une déroute assurée de l’armée française. Pourtant, la France sort victorieuse de cette expédition visant à délivrer le roi des libéraux espagnols. L’armée lave ainsi l’humiliation des défaites napoléoniennes en Espagne et Louis XVIII renforce sa légitimité en tant que roi de France. Chateaubriand, ministre des Affaires étrangères à cette époque, évoque la victoire dans ses Mémoires d’outre-tombe : « Enjamber d’un pas les Espagnes, réussir là où Bonaparte avait échoué, triompher sur ce même sol où les armes de l’homme fantastique avaient eu des revers, faire en sept mois ce qu’il n’avait pu faire en sept ans, c’était un véritable prodige ! »

Louis XVIII vs la goutte (défaite par KO)

Cochon XVIII à table et sur le trône

Cochon XVIII à table et sur le trône

En 1824, les problèmes de santé de Louis le Gros (baptisé aussi Cochon XVIII à cause de son obésité) s’aggravent. Il se surnomme lui-même le roi fauteuil, ne manquant pas d’humour vis-à-vis de son impotence. Ce dont ne manque par son frère cadet, le comte d’Artois, c’est de flair : il en profite pour occuper le terrain politique que Louis XVIII cède peu à peu à cause de son invalidité de plus en plus handicapante. Il souffre terriblement de la goutte.

Le roi encore debout mais en béquilles

Le roi encore debout mais en béquilles

En septembre, il est si faible qu’il s’est considérablement amaigri. Il doit renoncer au fauteuil roulant et aux béquilles. Il s’alite pour vivre trois jours d’une lente agonie. Ses jambes sont gagnées par une gangrène. Tous les récits de sa mort regorgent de détails qu’un film d’horreur ne renierait pas : la putréfaction en action alors qu’il est encore vivant fait se détacher quatre orteils d’un pied et fondre un œil… Le 16 septembre, il expire dans une atmosphère pestilentielle. La famille royale est diversement affectée : on rapporte qu’en quittant la chambre du défunt, Marie-Thérèse de France, épouse du fils aîné de celui qui était depuis quelques minutes roi de France (Charles X), s’effaça pour céder le passage à son mari s’adressant à lui en ses termes : « Passez donc, Monsieur le Dauphin ! »

Mort de Louis XVIII

Mort de Louis XVIII

Pour finir sur une note plus légère, une touche de poésie :

Louis I

Louis II

Louis III

Louis IV

Louis V

Louis VI

Louis VII

Louis VIII

Louis IX

Louis X (dit le Hutin)

Louis XI

Louis XII

Louis XIII

Louis XIV

Louis XV

Louis XVI

Louis XVIII

et plus personne plus rien…

Qu’est-ce que c’est que ces gens-là

qui ne sont pas foutus

de compter jusqu’à vingt?

 

Jacques Prévert, Paroles, « Les belles familles »


0 comments