Maradona, la main de Dieu

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Par Revolver

Diego Maradona, le premier pape argentin
Maradona, el D10s

Maradona, el D10S

Dieu s’est toujours tenu du côté des Argentins : l’Esprit saint a inspiré le conclave d’il y a un an, jour pour jour, pour qu’il élise un pape argentin et déjà en 1986, il avait donné un coup de main aussi audacieux que mémorable pour que les footballeurs argentins éliminent les Anglais et poursuivent leur route jusqu’au sacre de Champions du Monde. Derrière cette main, il y a des pieds en or, un cœur trouble et un homme génial : Diego Maradona.

Le gamin en or en route vers la gloire

Né le 30 octobre 1960 au sein d’une famille nombreuse d’origines diverses (italiennes notamment), Diego Armando Maradona, grandit dans un bidonville de Buenos Aires. Repéré dès l’âge de 11 ans, il sait déjà épater par son goût de la mise en scène (petits intermèdes à la mi-temps) et surtout par son talent : la première équipe, celles des Cebollitos, qu’il intègre reste invaincue 136 rencontres durant. Un joueur aux petits oignons qu’on baptise alors El Pibe de Oro, Le Gamin en Or.

El Pibe de Oro

El Pibe de Oro

À 12 ans, il déclare à l’occasion d’une interview télévisée : « J’ai deux rêves, jouer la coupe du monde avec l’Argentine et la gagner ». On retrouve cette célèbre profession de foi dans le film documentaire un peu loufoque d’Emir Kusturica, Maradona. En 1979, il remporte la Coupe du Monde des Espoirs (coupe du monde des juniors) et le Ballon d’Or argentin.

Après son passage dans quelques équipes argentines, il part en tant qu’international au FC Barcelona. Son transfert coûte 8 millions de dollars. Les joueurs et le public ne sont pas tendres avec lui, le Sudaca (expression espagnole méprisante désignant les Sud-Américains). C’est à Barcelone que Diego Maradona entame une vie d’excès agrémentée de virées nocturnes et de cocaïne. En 1984, il quitte le Barça et est transféré à Naples où il est accueilli comme un héros pour son talent et… ses origines italiennes.

La main d’Or au sommet

Le rêve du Gamin d’Or se réalise le 22 juin 1986 dans le Stade Azteca de Mexico au Mexique. L’Argentine, menée par Diego Maradona, devient championne du monde, mais non sans controverse.

La Mano de Dios

La Mano de Dios

La Main de Dieu, c’est du Maradona dans le texte, qualifiant son but marqué volontairement avec la main, contre l’Angleterre en quarts de finale. « Un poco con la cabeza de Maradona y otro poco con la mano de Dios », autrement dit « un peu avec la tête de Maradona [comme notre Alain Delon national, il a toujours aimé parler de lui comme s’il était étranger à lui-même], et un peu avec la main de Dieu ». Avec cette explication, le Gamin en or prend résolument des allures de sale gosse. La validation de ce but, suivie quelques minutes plus tard d’une seconde réalisation – à la loyale – signée Maradona, ouvre la voie aux Argentins vers une demi-finale puis vers la finale. La suite, vous la connaissez, l’Argentine remporte pour la deuxième fois de son histoire, la Coupe du Monde de football.

Commentaire d’un but à la sauce argentine

Dans le film de Kusturica, Diego Maradona revient sur ce but en filant une réjouissante métaphore: « C’est comme si j’avais volé son portefeuille à un Anglais ! » Le contexte diplomatique n’était pas, rappelons-le, des plus sereins entre le Royaume de Sa Majesté et la patrie de Maradona. En 1982 avait éclaté la guerre des Malouines. Elle avait opposé les deux nations qui se disputaient le territoire des Iles Malouines depuis le 19e siècle. Les Sud-Américains avaient subi une lourde défaite. En cette année de Coupe du Monde, soit quatre ans après le conflit armé, une consultation est organisée auprès des électeurs des Îles Malouines. Bien que n’ayant qu’une valeur consultative, le questionnaire et ses réponses à 95% favorables au maintien de la souveraineté britannique, n’apaisent guère les tensions. C’était comme si la Main de Dieu (toujours du côté des plus faibles comme chacun sait) et le but de Maradona, redresseur de tort, avaient alors vengé l’Argentine.

En dépit du caractère manifeste de la tricherie, ce but est encore célébré aujourd’hui, à l’image de Messi, autre footballeur argentin prodige, au Barça comme son illustre prédécesseur, petit, comme son prédécesseur (preuve que la taille et le génie ne vont pas toujours de paire). Lors de la Coupe du monde 2006, il a arboré des chaussures sur lesquelles on pouvait lire la mention « La Mano de Dios ».

 

Faire des pieds et des mains pour se faire remarquer

Faire des pieds et des mains pour se faire remarquer

Messi copie son mentor en tout, à tort

Messi copie son mentor en tout, à tort

D’aucuns ont voulu voir une réminiscence de la Main de Dieu dans le geste de Thierry Henry lors de la Coupe du Monde de 2010 dans un match opposant la France à l’Irlande. Mais n’en déplaise à Titi, ce ne fut qu’une « Hand of frog » comme l’ont baptisée avec affection les journalistes celtes. La main de Dieu n’intervint qu’une fois, une seule. Et ce fut bel et bien en 1986.

Une étoile et son déclin

Malgré son succès au SCC Naples, notamment au sein de la ligne MA-GI-CA (du nom des attaquants MAradona, GIodarno, CAreca), les frasques de Maradona sont relayées par la presse. Contrôlé positif à la cocaïne en 1991 en Italie, il est arrêté puis suspendu pendant 15 mois. Il joue pour la dernière fois avec le maillot argentin lors de la Coupe du Monde de 1994 organisée aux Etats-Unis, qui est l’occasion d’un nouveau contrôle positif à un autre dopant. Il met un terme à sa carrière de joueur en 1997 avec des adieux empreints d’émotion.

Vie déréglée, drogues et boulimie le conduisent à mener une cure de désintoxication et à subir une opération chirurgicale pour remédier à une grave obésité. En 2007, une rechute l’oblige à une nouvelle hospitalisation.

En 2008, il devient sélectionneur de l’équipe d’Argentine avec des performances mitigées (l’équipe argentine atteint tout de même les quarts de la Coupe du Monde de 2010, toujours mieux que de rester dans le car) et des relations houleuses avec la presse. C’est en 2011, à Dubaï, qu’il s’essaie au métier d’entraîneur de club, sans grand succès. Il participera au Mondial 2014 au Brésil en tant que consultant pour la chaîne de télévision vénézuélienne Telesur. Il s’était déjà livré à l’exercice pour la chaîne espagnole Cadena 4 en 2006 pour le Mondial organisé par Allemagne.

Maradona, la légende

Maradona, la légende

De Diego Maradona on retiendra surtout l’audace, le talent et… la ferveur qu’il suscite encore aujourd’hui. Finissons donc sur une note pas très catholique mais très pieuse, voici un extrait de la catéchèse de l’église maradonienne (qui compterait entre 70 et 100 mille fidèles) avec cette prière – le Notre Diego – à réciter le soir avant de vous endormir pour faire de beaux rêves de ballon rond et d’exploits maradoniens :

Diego nuestro que estás en las canchas. Santificada sea a tu zurda, venga a nosotros tu magia. Háganse tus goles recordar en la Tierra como en el Cielo. Danos hoy la magia de cada día, perdona a los ingleses, como nosotros perdonamos la mafia napolitana, no nos dejes caer en off-side y líbranos de Havellange y Pelé. Diego.

Diego qui es sur les terrains. Que ton gauche  soit sanctifié. Que ta magie nous vienne. Que tes buts soient mémorables sur la Terre comme au Ciel. Donne-nous aujourd’hui la magie de ce jour, pardonne aux Anglais, comme nous pardonnons aussi à la mafia napolitaine, ne nous soumets pas au hors-jeu et délivre-nous d’Havellange et de Pelé. Diego.


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