Match Zahia – Rouge Revolver : L’art affleure de peau

Share Button

par Rouge

Pourquoi Rouge Revolver n’a rien à voir avec Zahia ? Striptease explicatif sur l’art délicat de se mettre à nu et de s’effeuiller sans tomber dans la pornographie… Attention aux yeux !
Du pareil au même ? NON !

Du pareil au même ? NON !

Il y a ceux qui s’exposent par les mots, ceux qui gravissent les planches sans plus aucun artifice théâtrale que leur propre corps, ceux qui peignent, sculptent des nus, celles qui dévoilent leur dos (ou leur bas, mais juste pour les grandes occasions) jusqu’à la chute des reins sur la toile. Leur point commun : le choix délibéré de montrer sa peau, de ne plus cacher. Et puis il y a les lecteurs, spectateurs, à classer en trois catégories :

  1. Ceux qui égrillards aiment en voir toujours plus dans un goût de voyeurisme parfois salasse et qui mécaniquement pensent sexe, lupanars et bas-fonds dès qu’ils voient un jupon relevé. Ceux-là aimeront Zahia et toutes les autres photographies à fort potentiel érotique voire pornographique qu’utilise la publicité pour mener ses clients par le bout d’un nez placé un peu bas…
  2. Ceux, puritains, goûtant peu la plaisanterie, choqués, qui la jugent trop crue, qui ne comprennent pas pourquoi l’on se déshabille ainsi. Dévoiler le corps ? Quelle horreur, c’est bon pour les marchandes de rêves… Mais enfin : dans un texte, sur le devant de la scène, ou sur un site web, mais franchement ! Pourquoi ? Ceux-là déploreront avec horreur les Zahia sans les distinguer du comédien qui sur scène se met à nu lorsqu’il interprète Richard III dans un dénuement total…
  3. Ceux, si précieux (vous, j’espère) qui comprennent que dévoiler sa peau, ce n’est pas faire de soi un objet sexuel enfermé dans un carcan, clairement délimité et qu’il y a autre chose, quelque chose de plus délicat et de plus subtil derrière cet acte délibéré qui se démocratise via moult selfies, et qui perd ce sens premier pour se confondre avec la vulgarité. Alors que se mettre à nu, c’est aussi un art.

Commençons donc par répondre à cette question : pourquoi se mettre à nu ? Pourquoi imposer aux autres la vision d’une peau intime, et la partager avec des inconnus, lecteurs ou spectateurs, alors qu’après tout ils n’ont rien demandé ?

Pourquoi se mettre à nu ? Faiblesse de la peau et fragilité

On serait tenté de penser que se mettre à nu, au XXIe siècle, avec la libération des mœurs, et une forme de libération sexuelle, qui n’est en réalité par bien des aspects que de façade, est facile. Il n’en est rien. Pour celle qui se cache derrière un pseudonyme coloré, en tous les cas, il n’en est rien. Que ce soit par les mots ou par les gestes, me dévoiler n’est pas facile. Cela est même le plus souvent de l’ordre de l’inenvisageable. Jamais vous ne me verrez dans la rue osant étrenner un legging pour mettre à jour le rebondi de mon postérieur. Ni adopter des allures cambrées extravagantes sur échasses de 15cm… Les apparences jouent contre moi, mais je suis pudique, fragile parfois, et oui, généralement passionnée et à fleur de peau. Me mettre à nu, sur Rouge Revolver, c’est montrer un peu mes faiblesses, mes affres et mes horreurs. C’est être face à vous sans rien, avec juste les mots et cette peau qui me tient lieu de surface, d’enveloppe qui ne protège plus grand chose. Richard III, joué nu, est pareil. Il est démuni, il n’a plus vraiment la protection que la société nous impose de porter le plus souvent, cette carapace vitale pour ne plus être blessé. Podalydès a joué un Hamlet nu, qui contrastait avec les personnages aussi lustrés et brillants que des boules à facettes. On est pauvre, nu, on a même l’air profondément commun, humain, simplement. Et vous êtes tous là à pouvoir juger, à pouvoir être les censeurs d’un corps qui me représente…

Pourquoi se mettre à nu ? Se regarder en face et avoir confiance

Mais pourquoi s’imposer ce supplice alors ? Pourquoi accepter de révéler ces parcelles secrètes ? Pour Hamlet, Richard III, se mettre à nu, c’est aussi accéder à la vérité tragique, celle qui rend fou et sage parmi les hommes, hors des bonnes mœurs de la société. Moi-même, en me découvrant, je ne prétends pas accéder à une si haute vérité. Et il y a dans ma démarche sans doute un fond d’égoïsme, et cher lecteur, j’espère que tu me pardonneras. Car je ne me mets pas à nu seulement pour t’émoustiller (même si cela flatte un peu ma féminité mal placée… eh oui : il n’y a pas que les hommes chez qui elle se place mal)… Si mon but n’était que cela, il me faudrait bien me confronter à la triste réalité et te conseiller de te tourner vers la Zahia’s team : son corps ou celui de ses congénères est bien plus parfait que le mien, sa peau est massée, malaxée de crèmes et d’huiles de luxe, et tu y trouveras davantage de satisfaction visuelle.

Je le fais pour moi. Pour ne plus avoir honte de moi en entier. Parce que montrer sa peau, ce n’est pas horrible, ce n’est pas une déchéance ou une dégradation de la confédération des honnêtes femmes. L’image est un regard qui se pose sur moi en me respectant, et en donnant de la place à la personne de chair et d’os que je suis. C’est s’accepter soi et avoir le courage de se regarder en face, de découvrir sa vérité. Et se dire aussi qu’on est une enveloppe de peau, que l’on possède un corps et qu’il n’y a pas de honte à le montrer, tant que le regard du photographe acceptera de ne pas le blesser, tant que les spectateurs verront devant eux une représentation et non la réalité totale… Certains sont choqués, parce qu’il se dégage de ces photographies une certaine sensualité, que je montre peu dans la vie de tous les jours ou à mon travail. Dans la vie, je ne pourrais pas me balader topless sur les plages de Saint-Tropez ou d’ailleurs. Je ne pourrais pas non plus me promener dans les rues de Paris en petite tenue. Vrai, je jugerais ça indécent, et non, ça ne me correspondrait pas du tout. Si j’ai cependant un point commun avec l’ensemble des féminidés qui posent dans les magazines, et que nous avons tous, c’est celui-ci : j’ai bien un corps, avec des sens et des désirs, et il n’y a pas lieu d’en avoir honte, quoi que les magazines puissent en dire… En cela, me voilà même rassurée de ma normalité.

Pourquoi se mettre à nu ? Pour se libérer

Et puis, je ne te dévoilerai jamais tout. Toute image vraie, tout art est mimésis, et Aristote ne me contredira pas. C’est un miroir de moi que me tend Rouge Revolver, avec de la peau et des défauts, que je choisis d’accepter, parce que j’ai pleinement confiance et j’accepte de te montrer, de te tendre ce miroir parce qu’il n’est plus tout à fait moi, qu’un regard l’a constitué, et qu’il est devenu art. Cette image n’est qu’une représentation seconde : elle est moi, mais s’en défait aussi, de sorte que je peux me dévoiler tout en me cachant, montrer mon dos mais pas me révéler complètement, parce que vous ne voyez qu’un reflet. C’est cela, être libre, pour moi, avoir confiance, en moi et dans le jugement, l’œil que peut m’apporter Revolver, comme dans celui de la photographe. C’est cela qui distingue Rouge Revolver d’une démarche futile, et se distingue du beau monde artificiel de Zahia. Zahia devenue elle-même un objet plastique dans sa vie, le corps transformé en barbie à l’intelligence un peu moins artificielle (quoique) et collée sur des affiches en souvenir d’une soirée torride avec footballeux à la libido frustrée. Tout au plus réussira-t-elle à s’utiliser en tant qu’objet lucratif de lingerie pour parisiennes délaissées par leurs maris footeux, ces belles qui penseront à tort ou à raison, qu’une bonne attaque à la dentelle pourrait bien leur faire marquer des buts sans chausser les crampons. Au fond, tout revient à la différence entre aimer et – excusez ma familiarité excessive – baiser. Aimer, c’est respecter et se confier ; baiser, c’est s’enfermer dans des rôles mécaniques desquels il n’est plus possible de sortir, sans donner de place aux sentiments et à l’émotion.

Moi, on ne me baisera pas, on ne me collera pas. Et pourtant chaque fois que j’écris, je m’effeuille, je me dévoile. J’écris des miettes de ma peau, mes mots de l’intime, dits naïvement et sans doute mal, mais ils me sont précieux. Je suis alors toute faible, et oui, je suis écorchée vive devant tes yeux de lecteur. Voilà pourquoi, pendant longtemps, j’ai eu très peur d’écrire. Et puis lorsqu’a passé cette peur initiale, il y a la force, et la liberté, et l’enivrement de cette liberté qui fait que l’on ose, et que tout peut être dit sans entrave, tout peut être conté… je suis libre. J’ai le droit de dire non, comme Antigone. Je maîtrise ce texte, cette image, et je choisis de montrer et de cacher, de dévoiler mais jamais en entier, jamais brutalement. Il y a toujours un écart et une délicatesse, vitale et nécessaire. Un recul et un travail.

Mais il faut que toi, spectateur et lecteur, tu réussisses à voir… et ça, je ne peux pas le faire à ta place. Alors ouvre l’œil, et le bon, cher happy few, quand tu nous lis, et derrière mon écran, derrière mon image, la petite voix qui écrit, qui ose enfin s’écrire et te montrer sa peau imparfaite, te remercie.