Mères amères : stop à la culpabilité

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par Rouge

par Rouge indigne : La chronique de la chronique

[Rouge n’est pas mère, n’a encore commis aucun meurtre… mais elle est indigne… Et vous pouvez être amères devant ce triste inachevé, qui s’achèvera vraisemblablement avant ce soir 23h59 et 59 seconde… Et la culpabilité, soyez en assuré, et vengé, la marque au fer rouge, de ne vous offrir qu’une bouillabaisse de médiocrité pour l’heure… à Paris, 7h48, le 28/11/2013 Rouge

Rouge n’est pas mère, mais constate qu’on en demande beaucoup (trop) aux femmes du XXIe siècle (voir théorie des trois coffrets qui suit). Avoir le sourire de la bonne humeur toute la journée (Rouge a abandonné, le silence méditatif et le café étant sa principale solution de repli), préparer ses réunions à la maison après une journée 9h-18h30 (ce sera demain matin à 6h parce que là Rouge doit respirer un peu), écouter avec bienveillance un homme qui l’accoste pour parler Spinoza, à 19h, faire des courses… , préparer de délicieuses entrées le soir (pas pour elle, pour le bureau, trilogie d’entrées au saumon fumée, raison principale des courses), écrire un article convenable même si ça c’est surtout une haute exigence personnelle, un choix affirmé et un plaisir de plus en plus vital, préparer une réunion, être parfaite, avoir lavé son linge, repassé, avoir un cuisine propre et sans vaisselle qui traîne… Rouge n’y arrive pas, se dit que même en tant que femme elle n’est décidément pas à la hauteur pour réussir à tout faire elle-même… et racle sur ses nuits, quand ces messieurs dorment gentiment parce que Madame Féministe les assiste… Et Rouge survit en mangeant du chocolat, écoute de la musique fort, leur en veut un peu, aux Messieurs qui défendent l’égalité mais qui ne la vivent pas vraiment dans la vie de tous les jours, parce que Maman ou Chérie sont toujours là… et ne sait mais alors vraiment vraiment pas comment les mères s’en sortent pour réussir à tout gérer… parce que déjà s’occuper de sa propre personne, ça fait une personne en trop. Mais allez, Rouge râle trop, elle est déjà en retard… à Paris, le 29/11/2013 à 00h55

Rouge est trop fatiguée. Regrette de ne pouvoir consoler la culpabilité des mères quand elle se sent elle-même coupable de ne plus réussir à aligner trois mots qui ont du sens… Continuera demain avec la conscience d’être 1. en retard, 2. en train d’écrire un article sur la culpabilité maternelle, mais surtout féminine… Trop de pression. Rouge s’effondre dans son lit et son appartement désordonné… à Paris, le 29/11/2013 à 01h22

Rouge se réveille l’esprit flou, n’en dira pas plus sur la décrépitude physique de ces journées qui se répètent, et a tout de même la force encore de s’interroger :

1. Comment survivre jusqu’à 18h environ ?Heureusement, le chocolat et les musiques qui vous arrachent les oreilles existent.

2. Comment ferait-elle avec un mari ? Heureusement, zéro culpabilité à ce niveau-là.

3. Comment ferait-elle avec un enfant ? Heureusement, zéro culpabilité à ce niveau-là.

Et comme sur les trois questions, il y a trois réponses qui commencent par « heureusement », Rouge, philosophe, adopte la méthode Coué : Yes I can ! à Paris, le 29/11/2013 à 05h42 ]

 

La Marguerite de Faust : la pureté d'une terrible humanité, tenant son enfant mort (Ary Schaeffer, Musée de la Vie Romantique)

La Marguerite de Faust : la pureté d’une terrible humanité, tenant son enfant mort (Ary Schaeffer, Musée de la Vie Romantique)

Votre mignon Gaston fait le… con (pas d’autre mot pour le dire) et Charlotte est aussi sotte qu’un pleurote. Pas facile en effet de cultiver sa progéniture à l’abri des vicissitudes du XXIe siècle… Pas facile de ne pas sombrer dans la culpabilité, pour des raisons qui s’étalent infiniment. Heureusement qu’il y a les mères tragiques, voire pathétiques de la Littérature pour nous rappeler qu’à côté, la meilleur maman du monde, c’est vous !

Allez, on se remonte le moral, en pensant à Médée, et ces autres trop charmantes mères . L’oubli du doudou de Gontran à la crèche ne vous paraîtra plus qu’un lointain souvenir. La haine véritable que vous avez éprouvé à son égard lorsqu’il vous a réveillé plus de sept fois la même nuit (et avec à chaque fois l’indéniable talent, son père sans doute, rationnellement impossible que cela vienne de vous, pour criailler au moment précis où Morphée vous offrait ses bras), une petite broutille insignifiante (qui vous a quand même valu les réflexions ô combien irritantes de vos collègues qui en rajoutent une couche « t’as l’air fatigué aujourd’hui ») Rien de tel, à ces moments précis, qu’une bonne dose de catharsis, pour purger vos passions et désespoirs…

Comment, vous l’avez oublié, Médée ? Celle qui par vengeance tue ses enfants, parce que franchement, papa Jason n’était pas à la hauteur niveau fidélité… Et puis il y a aussi la mère d’Hamlet, qui ne tue certes pas de ses blanches mains ce pauvre roi de Danemark, mais est tout de même complice du parricide. Celle par qui la tragédie arrive, sorte de fatalité imminente, acceptée, et qui revêt les traits de la mère : L’Etranger ne le devient-il pas dès la toute première phrase du roman de Camus « Aujourd’hui, maman est morte » ? Étranger à l’humanité parce qu’il a perdu ce lien et ce cordon ombilicale qui l’y rattachait encore, qui faisait qu’il était impossible, interdit d’attenter à la vie de l’autre, et qui sait s’il ne recherche pas là une réaction des cieux, de Maman qui n’est plus là….  Ne cachons pas sous un silence qui les desservirait (car elles sont souvent sublimes) toute une ribambelles d’héroïnes littéraires qui n’arrivent pas à trouver l’équilibre, à assumer leur féminité dans leur maternité, à réunir la séductrice et la mère. La Nana de Zola, la Tess d’Urberville d’Hardy…

Parce qu’il y a cette subtilité là qui s’ajoute encore : les mères, c’est un peu comme le cuisinier – valet d’écurie de L’Avare de Molière, ça a plusieurs casquettes, du moins c’est ce que Freud a opéré comme distinction. Oui, la fameuse théorie des trois coffrets : la femme est un être à trois visages au cours d’une même vie, « cette divinité redoutable ayant sur l’homme le pouvoir de vie et de mort ». Pour l’homme du moins, elle en revêt trois, trois figures qu’il associe à sa mère, qui nous rendent éminemment complexes (très flatteur pour nous, mais est-ce vraiment le cas, suis-je un vaste « continent noir » ? Laissons à Freud sa fascination flatteuse, et être pleine d’abysses et d’obscures labyrinthes, n’être jamais tout à fait transparente me convient assez, personnellement… Néanmoins, mes fonctions et besoins vitaux sont à peu près identiques à ceux d’un membre de la gente masculine [Revolver en fait d’ailleurs la liste, en constatant que certains peuvent être particulièrement menacés par Bébé], et je ne vois pas, cependant, en quoi l’homme, le père, n’est pas lui, aussi, un être illimité et mystérieux… Du moins, c’est ce qui fait son intérêt, sinon, toute femme que je suis, je m’ennuierais.) Nous sommes les amantes (les séductrices génératrices), les mères (les nourrices compagnes), la mort (les destructrices ou la terre-mère).

Alors je me dis qu’au fond, rien ne sert de culpabiliser, de s’imposer une telle pression : étant trinités par définition, et pas du tout déesses (à moins que vous croyiez à la publicité pour le rasage de vos jambes… Si c’est le cas, un petit détour par Rimbaud pourrait s’avérer salutaire pour vous déniaiser : Vénus anadyomène, à tout hasard) être parfaites dans ces trois rôles est impossible. Mesdames, un peu de bienveillance à votre propre égard quand vous en avez avec vos enfants, donc, faites comme vous pouvez et arrêtez de culpabiliser… Même si depuis Eve on nous a mis le vers (ou le serpent vert ? et le pire c’est que le marketing continue, la preuve ici) dans la pomme, parce que oui, une femme c’est toujours naturellement et par définition « coupable »…

Parce que même en le voulant, on ne pourra jamais lui éviter, à Gaston ou à Charlotte, de tomber, de se faire mal, d’être seuls, d’avoir des blessures qui saignent aux genoux (mais celles-là, généralement, se soignent bien) et dans l’âme aussi. Et l’on souffrira avec eux parce qu’il y a un lien, irrésistible et qui n’a pas besoin de mots. On s’en veut, parce qu’on a peur de ne pas être toujours là. Même quand il (ou elle) fait la bêtise de trop. Mais qu’est-ce qui vous a pris d’avoir engendré la plus terrible des créatures ? Qu’importe, vous l’aimez ! Et rien que pour ça, stop à la culpabilité.

(Et pour les papas, si vous avez besoin vital de shoot de catharsis, Cronos n’est pas mal non plus. Oui, vous savez, celui qui dévorait tous ses enfants, à l’exception de Zeus…)