Mettez les pieds dans les plats de la Cité de la céramique de Sèvres

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par Rouge

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Découvrez l’éventail des possibilités de la Cité de la céramique de Sèvres

Un musée qui a conservé encore pour un peu sa patine de vieil endroit pas encore tout à fait rénové avec ses explications pas toujours passionnantes à lire, pas toujours abrégées pour le public actuel, mais qu’importe?

Non, en réalité, il importe beaucoup. Si vous voulez rentrer de votre visite avec une connaissance exhaustive de ce qu’est la céramique, les éléments qui vous seront donnés vous permettront sans doute d’aiguiser votre savoir. Ce n’est pas mon but, ni l’objet de cette critique. J’erre d’abord dans un musée pour voyager presque immobile. De ma visite, sans prendre des notes, je n’aurai retenu que peu de choses, l’essentiel pour moi : la rencontre d’un bel endroit, la belle envolée vers une forme d’ailleurs. Un peu comme celle d’une belle personne… On oublie l’avant, les doutes de l’extérieur, ces soucis récurrents de l’existence pour ne plus accorder de l’importance qu’à cet autre. Voici donc une présentation de l’essentiel de la cité de la céramique de Sèvres, hors dévoilement pédant de connaissances.

Voyage au pays des hauts plats et thés

D’abord, au musée de Sèvres, il y a le jardin, avec actuellement une exposition d’art contemporain qui interroge sur notre société de consommation. Des oeuvres parfois très laides, comme une pyramide en jerricanes, mais dont l’intérêt est toujours de mettre le monde en question. C’est d’ailleurs là l’un des rôles de l’art, oscillant entre frivolité, comme avec ce tube de rouge à lèvre géant, et sérieux.

Et puis l’on pénètre dans le musée par un grand escalier. Prenez votre ticket et commencez votre visite. Le parquet est en bois, il craque un peu, sous l’usure des pas des visiteurs. Les céramiques anciennes sont entreposées, classées selon les pays, les dates. Il y a des vitrines de verres, et de petites explications en papier qui vous expliquent les détails, l’âge des objets que vous contemplez, de ces vases, de cette vaisselle que plus personne jamais n’utilisera.

Vous tomberez aussi sur des parcelles de musée rénové au frais de la fondation Bettencourt, avec des jeux interactifs sympathiques (la création d’une assiette personnelle que vous pouvez nommer… une activité pour les enfants… et pour les plus grands).

Enfin, au hasard d’une allée, il y a la vitrine attribuée au thé. A ce grand art qui lui aussi vous sera dévoilé dans un article revolvérien. Où l’on découvre que la tradition du thé nous vient de Chine, et a été importé au Japon au XVe. Et puis l’art de wabi-sabi, de la sobriété mélancolique. A cette image, les contenants du thé sont imparfaits. Pourtant destinés à une élite (moines, aristocrates), ils n’ont pas la finition lisse des machines actuelles, ils sont déformés, écornés. Une imperfection qui mène à la perfection ? Cela pourrait paraître contradictoire. Pourtant, si l’on y réfléchit quelques temps, n’avez-vous jamais apprécié une personne même, et pour ses défauts… Et au lieu de vous répugner, vous tiriez de ces noirceurs un charme étonnant, subtil, dont vous seul saviez vous abreuver. Il faut croire que l’art du thé et l’attachement aux personnes ont des similitudes : l’imperfection rend aussi unique, elle éloigne de la convention de l’harmonie, de la trop parfaite perfection d’un Théophile Gauthier pour l’imperfection des Fleurs du Mal d’un Baudelaire.

Suite des aventures, soudain, c’est en Europe que nous mènent les céramiques, avec de belles pièces artistiquement ornées d’angelots, des métamorphoses d’Ovide, d’images pieuses ou un peu moins pour la dot de Mesdames, et pour le « bonheur du ménage »…

Escale en contemporanie

Ne nous arrêtons pas en si bon chemin. Cette partie du musée vue, il y a encore l’exposition temporaire à découvrir, une exposition teintée d’esthétique hindoux, avec cette reprise de motifs solaires, en fractale, forme de répétition à l’infini. Ca brille, et c’est un étrangement inquiétant, ce clinquant et cette perfection, mêlée du brut de la matière, où l’on croirait presque reconnaître les mains de l’artiste qui a façonné l’œuvre.

Montée des marches

Toujours ce beau et grand escalier sur lequel l’on prend un air princier à s’élever, avec une belle verrière. Appréciez alors ce mini-Louvre mural : des reproductions d’œuvres de Caravage etc. façon mini-Louvre sur Céramique. Et puis de beaux vases, gigantesques et frivolement inutiles, mais beaux… beaux, des mignonnettes figurines des siècles passées…

L’on ressort du musée avec cette impression floue et vaporeuse d’avoir traversé différentes époques, voyagé dans divers pays… et au fond, c’est bien tout ce que l’on demande à un musée.

Et pour prolonger votre visite, ou votre rêverie, le sublime musée-jardin Albert Kahn et le musée des années 30 de Boulogne-Billancourt ne sont pas loin… ou le Parc de Saint-Cloud.