« Moi aussi, j’ai fait le stage Nicolas ! »

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Par Revolver

Nul ne sait si les stages d’été chez les célèbres marchands de vin Nicolas sont une institution depuis 1822, date à laquelle les premiers magasins de la marque ouvrent leurs portes en plein cœur de Paris, mais en tout cas, de nombreux étudiants, notamment en école de commerce, comme Caroline, ont passé un été non pas à boire – comme tout étudiant d’école de commerce qui se respecte – mais à vendre des vins en tenant une boutique Nicolas. Souvenir lointain mais encore vivace d’un stage à l’attaque franche, pas toujours d’une grande finesse et à la robe pas toujours très glamour.
Caroline, une fille plus jus de mangue que vins de Bordeaux

Caroline, une fille plus jus de mangue que vins de Bordeaux

Caroline cherche un premier stage de longue durée et son école lui transmet une annonce promettant de belles découvertes (tout connaître du petit Cabernet rosé au coffret découverte de Ruinart, en passant par les vins du Nouveau Monde) et de vraies responsabilités (gérer un magasin avec un co-stagiaire tout un été en totale autonomie). Quel beau challenge, surtout pour une fille « qui préfère le jus de fruits tropicaux au vin de Bordeaux » ! Après une réunion de présentation au siège du groupe, à Thiais, dans le Val-de-Marne, et une formation chez un caviste – il faut tout de même disposer des rudiments car on ne fait pas longtemps illusion en ne parlant que de nectar de mangue et de jus d’ananas -, Caroline entame son stage en juillet dans un magasin Nicolas d’une coquette ville de banlieue parisienne. Le magasin, situé en plein centre ville, les agents immobiliers parleraient de « cœur de village », est géré par un couple dynamique et au franc-parler que d’aucuns qualifieraient de « fleuri », ça tombe bien pour des gens qui vantent le bouquet de leurs vins les plus anciens…

Les gérants ayant confié les clefs et la caisse (ainsi que les caisses) à Caroline et à son co-stagiaire (que par nécessité de préserver son anonymat nous appellerons Etienne), les choses sérieuses commencent. Il faut veiller à respecter les consignes très strictes quant à la disposition des vitrines, soigner la décoration du magasin, bien gérer les stocks, commander les bouteilles auprès du siège, faire très attention à la caisse. L’entretien du magasin, la mise en rayon et l’inventaire font aussi partie du travail du binôme de stagiaires qui a plutôt intérêt à bien s’entendre. Hélas, ce n’est pas toujours le cas.« Un jour, raconte Caroline, je porte une caisse de vin pas cher [NDLR : piquette] qui se brise sur mes pieds. Naturellement, mon co-stagiaire se précipite… pour me reprocher de salir le sol» Pourtant, en dépit du manque d’affinités, il faut savoir se montrer soudés et solidaires, surtout quand une cliente « essaie de [les] arnaquer en nous baratinant pendant qu’on rend la monnaie, exprès pour qu'[ils] se trompe[nt]. »

Nectar, le livreur emblématique de Nicolas, capable de porter 16 bouteilles dans chaque main

Nectar, le livreur emblématique de Nicolas, capable de porter 16 bouteilles dans chaque main

Le passage en caisse est lié à bien des anecdotes. « Un nombre incalculable de gens m’ont dit ‘Ah, moi aussi, j’ai fait le stage Nicolas’, comme si c’était une institution. Je ne sais pas si c’était bon signe car il y en a un dont la carte bleue a été refusée et qui n’est jamais revenu de sa promenade vers le distributeur de billets. » Caroline se souvient d’un passage en caisse particulier : celui qui lui a fait découvrir « qu’une carte bleue pouvait être noire ». Si Nicolas depuis plus de 190 ans fait des prix accessibles pour des vins de qualité son cheval de bataille, il n’en reste pas moins qu’il peut aussi proposer à sa clientèle un Château Margaux de 2006 à 785€ !

En dépit des gérants au vocabulaire évoquant plus le charretier que le sommelier de la Tour d’Argent, malgré le co-stagiaire tire-au-flanc, nonobstant les clients filous, Caroline garde quelques bons souvenirs de son été dans le magasin Nicolas : « pendant ma semaine de formation, j’ai pu regarder un match de foot de l’Euro dans la réserve et j’ai fait des records de ventes après que mon équipe a écrasé l’Angleterre ! » Elle a tiré profit de ce premier stage pour « apprendre à gérer un magasin et surtout à connaître les bonnes associations entre plats et vins », ce qui est toujours du meilleur effet en société. Même si elle n’a pas délaissé ses jus de fruits extravagants, elle a découvert que « le rosé Chilien Santa Carolina est vraiment très bon », (le nom doit y être pour quelque chose…). Quand on lui demande, avec quoi rime Nicolas pour elle aujourd’hui, elle répond : « avant, ça m’évoquait les brioches en forme de bonhomme en pain d’épice et les aventures du Petit Nicolas, mais maintenant, ça me rappelle un été passé au frais entre les bouteilles de rosés et surtout de la Clairette de Die en promotion », signe que l’on ne se remet pas toujours de la gueule de bois qui suit l’ivresse d’un stage chez Nicolas !


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