Noir intense

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Par Revolver

Et vous aussi vous l'aimez intense?

Et vous aussi vous l’aimez intense?

– … Ou même juste prendre un verre…

– Pourquoi pas ?…

De son sac, elle extirpa un stylo et griffonna son numéro sur l’emballage cartonné d’une tablette de chocolat.

– Désolée pour le papier…

Il retourna l’emballage et lut :

– Noir intense : c’est ce que je préfère.

Le soir, elle décida que s’il l’appelait avant le week-end, ce serait bon signe. Heureuse coïncidence : elle ne serait pas d’astreinte. Alors qu’elle se réjouissait de cette conjoncture favorable, Rita sonna chez elle pour lui demander de garder son fils Timothée le lendemain soir. Elle se sentait de si belle humeur qu’elle aurait accepté de rendre n’importe quel service. D’ailleurs, les amies sont là pour ça, non ? Bon, aussi pour écouter les confidences de cœur les unes des autres… elle ne put s’empêcher de partager son enthousiasme pour son séduisant inconnu.

– Marraine, je peux répondre à ton téléphone ?

– Non, non, Thimothée, c’est moi qui décroche !

C’est lui, c’est lui !

-… C’est dommage mais je m’occupe de mon filleul ce soir, mais ça sera pour une prochaine fois…

Ou ce week-end ? Non, rester évasive, ne pas montrer que je suis pressée…

 

– Allô ?… Oui, en fait, la maman est arrivée plus tôt que prévu, tu veux toujours qu’on se voie ?

– De quelle origine est mon prénom ?… Euh, un Perrier menthe, s’il vous plaît… En fait, Sueli, c’est un prénom lusophone.

– Portugais, quoi ?

– La lusophonie, c’est pas que le Portugal. D’ailleurs des Sueli, il ne doit pas y en avoir beaucoup au Portugal.

Deux heures plus tard, il savait dire « j’ai envie de te revoir » en portugais.

Une semaine et me voilà fébrile dans ses bras, allongée tout contre lui dans l’herbe, à l’ombre d’un arbre. La seule peau laiteuse que j’aie touchée, c’est celle de mon petit Timothée et là, celle de cet homme me trouble si fort que j’ose à peine l’effleurer. Je passe ma main dans ses cheveux clairs et soyeux, quelle sensation étrange… Il ferme les yeux. Il me serre un peu plus fort. Sa main s’aventure à me caresser le ventre et j’ai envie de me rapprocher encore. Sa bouche cherche la mienne, je détourne la tête, il m’embrasse dans le cou, juste à l’endroit qui me fait des frissons. Ses doigts frôlent mes épaules. Il murmure des mots tout contre mon oreille, des mots se transforment en papillons en moi. Des mots-papillons qui me mettent sens dessus dessous.

– Une semaine et une extraordinaire amitié naissante !… soupire-t-il dans un sourire.

– Enfin, plus naissante qu’amitié…

Il est déjà six heures. Des joggers passent sur le chemin plus en bas. Je n’ai pas envie de revenir à la réalité et je sens que lui non plus n’est pas très pressé. Il est déjà sept heures…On ne va pas tarder. J’ai rarement eu l’occasion de créer une telle intimité avec un «ami » en sept jours. Ça pourrait (devrait ?) m’effrayer mais je n’arrive pas à considérer cette connivence fulgurante autrement que comme un cadeau. Il est huit heures. Il a peur (mais a-t-il véritablement peur ?) que ça aille trop vite entre nous même si ne pas pouvoir m’embrasser sur les lèvres l’énerve, que je souffre si jamais il restait avec la fille de qui il est en train de se séparer, autrement dit sa future ex (évidemment, il ne l’appelle pas comme ça parce qu’il n’a pas le recul nécessaire pour avoir cette lucidité, mais je suis indulgente et patiente). Il dit que nous jouons avec le feu. (Quel feu ? Celui que je sens au creux du ventre ?) Il est surpris que je m’intéresse à lui, que je sois si sûre de moi (que du bluff !).

– Je peux te poser une question ?… Noire, d’accord, mais intense, à quel point ?


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