Olé ! Le flamenco, ça claque !

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par Rouge

Quand une spécialiste monodanse experte de la macarena vous parle de… Flamenco, ça claque !
Entre la danseuse de Flamenco et l'étoile, laquelle se retournera ?

Entre la danseuse de Flamenco et l’étoile, laquelle se retournera ?

Terre de flamenco

Le Flamenco est une danse qui enflamme. Certains aiment passionnément, d’autres détestent et ringardisent. C’est qu’il n’y a pas de demi-mesure pour cette danse de l’âme, née sous le soleil d’Andalousie au XVIe siècle. Mélange de folklores, multiculturel (avec une influence indienne apportée par les gitans), le flamenco rassemble des gestes et des particularités typiques : à l’origine, le chant à cappella (la tona), les claquements des mains (palma), la danse (baile) et enfin la percussion au cajon (une sorte de boîte en bois sur laquelle on tape, les castagnettes et le claquement des chaussures (zapateado), des chaussures à talon du danseur (le baïleor).

Au XVIIIe siècle, le flamenco est d’abord la danse des exclus et des déshérités. Comme si dans la danse s’exprimait aussi le désespoir de ne pas avoir de place. Comme s’il n’y avait plus que ça, plus qu’à claquer des talons sur cette terre pour se révolter contre l’ordre établi, et se l’approprier, cette terre, en sentir l’écho dans son corps. C’est qu’il y a souvent, comme dans toutes les choses vaines, une part de souffrance profonde. Le flamenco, à se jouer habilement de la censure, n’échappe pas à cette réalité. Fin XVIIIe, début XIX, il est popularisé dans les ancêtres des café-concerts, les tablaos. Car le flamenco est une danse qui se partage, et l’on passe aisément d’un seul à plusieurs danseurs. En groupe, l’on peut d’ailleurs remarquer que le fort contraste entre la danse des femmes et celle des hommes fait penser aux danses indiennes (cf. vidéo du Ballet Nacional de Espana)

Aimer, c’est toujours la guerre…

Position de siège de Belen Maya

Dans les années 20, le flamenco prit une coloration de pacotille, n’existant plus que pour son côté sulfureux et les fantastiques envolées de la robe… Oubliant hélas au profit de la trivialité le sens profond et la tension de la danse de couple au flamenco, et reléguant surtout au second plan ce rythme des pas, qui semble si discret, mais qui en réalité est essentiel, et très travaillé (essayez donc pour voir avec ce tutoriel, si vous êtes prêt(e) à vous mettre au flamenco… je n’ai absolument rien compris, même s’il est vrai qu’en étant restée au stade de la macaréna, ma marge de progression est énorme ).

Un homme et une femme. Deux regards s’affrontent, se jaugent. Ils se tournent autour, sourient, se contournent, s’évitent… se rapprochent, s’éloignent… Lequel des deux cèdera ? Lequel des deux s’effacera pour laisser à l’autre l’entière victoire ? Il semblerait que ni l’un ni l’autre ne soit prêt à tomber. C’est ce qui crée la danse, et qui la fait durer. Les deux protagonistes semblent toujours lutter pour que l’autre suive leur frontière, pour un accord des corps qui se réalise dans la danse.

Un accord toujours imparfait, parce que s’il était parfait, il n’y aurait plus d’idéal, il n’y aurait plus l’envie de tourner encore et encore et de séduire le partenaire de flamenco.

Plus qu’une séduction amoureuse, c’est une conquête. Le mouvement de deux êtres aux limites de leurs frontières, qui veulent sortir d’eux même, conquérir l’autre. Deux êtres ? Pas tout à fait, deux rythmes enchaînés à la musique et qui vont s’associer et se dissocier tout au long du morceau. Le Flamenco, ce n’est pas l’amour de l’union, blanche et douce. C’est l’amour du contraste fort et vif, passionnel et charnel, du rouge et du noir, avec une part de violence magnifiée par la musique. Les gestes sont quelquefois brusques, soudains, parce qu’ils attaquent, ils lancent des offensives et usent de stratégie.

Rouge et noir, comme deux orgueils qui s’affrontent, mais sans l’ironie de Stendhal. S’il y a un jeu, un masque, celui de la parure de l’homme et de la femme, tout reste clair, loyal. L’homme et la femme ne cachent pas leurs intentions, et se font face. Le flamenco ne cache pas les intentions, au contraire, la danse les révèlent. Le mouvement de la robe, les gestes des mains, tout est séduction dans la danse de la femme. Elle attire, elle capte, elle conquiert l’espace de la scène, comme si elle voulait tout conquérir, soif infinie que l’on confond quelquefois avec un air aguicheur. Mais attirer et aguicher n’est en pas synonyme (heureusement!). Il y a de la nuance, de la délicatesse dans ces gestes sans bassesse (voir la prestation de Maria Pages, face à l’homme).

Révéler le flamboiement de son âme par le corps

Il y a souvent de la passion, de l’amour et une sensualité affirmée et acceptée dans l’art du flamenco. Mais claquer les talons, c’est aussi s’affirmer. Le danseur devient alors musicien au même titre que les guitaristes : il crée lui-même, et sans partition, sa propre musique. Il est le chœur, le corps et le cœur de la musique jouée à ses côtés. Le danseur ne joue pas, lui, il existe, il est, et s’il met en scène un spectacle, c’est bien celui de son être. Un être emporté par la musique et qui s’en accommode aussi pour créer son propre rythme. Un être qui s’embrase dans la musique et fait l’amour avec les sons, et s’emporte dans des gestes qui ne sont que le parfait miroir de cette pulsion de vie qui l’entraîne. Le corps, dans toute sa violence, écho de celle du monde, le corps dans toute l’acceptation de cette violence sublimée par la musique, vibre et bat, rythme personnifié d’un cœur humain et artiste.

 Plus qu’une danse, le flamenco, c’est le souffle, et le cœur, et le battement de la vie ! Alors vivez, flambez, et dansez maintenant….