Printemps, saison-désamour ?

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par Rouge
Et si le Printemps n’était pas la saison des amours ? Petite chronique pseudo-scientifique, sociale et musicale (mais non exhaustive) d’un cliché saisonnier.

éternel printemps

Le Printemps… les doux rayons de soleil qui se posent délicatement sur votre front pour vous effleurer d’une délicate caresse et offrir à vos lèvres un nuage de sourire.

Le Printemps… Les petits oiseaux qui entonnent l’hymne d’une symphonie naturelle de la renaissance.. Germination, floraison et papillonnages en tout genre… Le batifolage de Bambi et ses camarades. Les amoureux qui se bécotent sur les bancs publics à traîner leur air bien sympathique devant les honnêtes passants… les couples se promenant la main dans la main et les yeux dans les yeux. Le Printemps et un lieu commun par excellence de l’amour… Mais qu’en-est-il plus si l’on examine physiologiquement, littérairement et musicalement cette saison ?

Printemps physiologique : l’esbrousse

De la même façon que les hommes ne pensent pas qu’à cela (du moins nous les jugeons dotés d’un esprit certain capable, tout autant que l’esprit féminin et sans distinction aucune, de faire la part des choses… jugement qui accorde toutefois la primeure aux lecteurs de Rouge Revolver), la sexualité et les temps de procréation de l’être humain ne sont rationnellement pas spécifiquement associées à la saison du Printemps. Et l’on remarquera que tous les enfants ne naissent pas 9 mois après les mois de printemps. Certes, il est tout de même une limite non négligeable pour la femme, cette affreuse épée de Damoclès injustement portée par la Nature sur le chef des femmes, l’horloge biologique, c’est-à-dire le nombre restreint et défini à la naissance d’ovocyte que chaque humaine féminine possède.

Messieurs, ne nous dites pas que votre barbe pousse plus vite au printemps, à la manière du gazon des vertes prairies. Votre taux de testostérone, contrairement à celui du bouc, n’est pas lié aux saison et est à peu près semblable durant les 4 saisons et ne connaît pas de pic printanier. Pour ce qui est des femmes, pas non plus de différence notable… D’où… pas spécialement d’envie de sauter sur les premiers venus juste pour satisfaire aux besoins primitifs de reproduction et de survie des deux côtés (enfin, pas plus que d’habitude), contrairement à nos amis les mammifères, qui ont une saison des amours clairement délimitée dans le temps…

Certes, vous me direz que quelques études scientifiques indiquent que la libido est gelée en hiver, du fait de la luminosité et du froid qui ne poussent pas à la mise à nu… On pourrait donc hypothéquer le réveil des sens (dit de manière primaire, le fait que Monsieur bande et que Madame mouille… à moins que cela ne soit le contraire) de l’être humain. Mais cette influence est à limiter : dans l’état actuel de nos existences, et avec l’électricité et le chauffage, il n’est pas assez flagrant pour que nos envies et nos désirs en soient affectés. Inutile donc, mesdames, d’indiquer à vos chers prétendants que vous avez une migraine hivernale pour éviter la bagatelle dans les temps de gelée ou qu’avec le printemps, votre cher et tendre devient aussi entreprenant qu’un bouc en rut (ô vantardise !). Tout est histoire d’imagination et de créativité !

Printemps social : le carcan du moule « Renaissance »

S’il n’y a pas d’élément notable physiologiquement, justifiant la qualification du printemps comme saison des amours pour l’être humain, notons malgré tout que le printemps est aussi à la fois une dynamique et un carcan psychique et social de nos existences. Dans la temporalité de nos vies, qui sont, pour certains, de longues courses ne s’arrêtant jamais, le printemps apparaît comme le moment de renaître, de se parer d’autres atours. En mode, les collections printemps-été succèdent ainsi à celles automne-hiver. Même de manière illusoire, l’Homme a besoin de ne pas stagner dans l’embourbement et les déceptions de son existence : le printemps lui offre une occasion superficielle d’effectuer sa métamorphose, et d’avoir cette impression de renaître nécessaire après un moment de pause que l’on pourra qualifier d’hivernal. En cela, le printemps est véritablement un mouvement. Les papillons, enfin, pourront oser s’échapper de l’écrin de leurs cocons, et vivre librement, sans se brûler encore aux soleils trop brûlants de l’été. Pour cela, il a fallu ce temps d’arrêt, cette pause nécessaire de l’hiver, de mort latente. Mais le printemps arrive et nous sauve, en nous forçant à se mettre en mouvement, à ne pas se laisser abattre par le marasme hivernal. Certes, cette dynamique intime n’est pas particulièrement due à l’avènement saisonnier temporel de la planète Terre, mais la saison du printemps y contribue. L’augmentation de la luminosité, si elle n’a pas d’incidence sur la libido, est particulièrement importante quant à notre humeur (oui, n’oubliez jamais l’importance de la vitamine D et du magnésium).

Et la douceur des températures a également des incidences sur notre vie sociale : oui, à partir des premiers jours du printemps, nous prenons des rendez-vous galants avec le soleil, nous sortons davantage… Et qui dit sorties dit aussi… cQfd… rencontres, bavardages, batifolages, bativolages et plus si affinités. Sans compter cette facilité qu’il y a pour la gent féminine de dévoiler un peu plus de ses atours dans ce jeu d’ombres, de masques et de bergamasques qu’est la séduction. L’art de la parure est aussi celui d’une floraison maîtrisée, à la fois naturelle et théâtrale. (ok, les féministes, je sors… si vous considérez l’être féminin hors de l’être de féminité, jamais nous ne tomberons d’accord… je demeure persuadée que la femme est toujours un être-construction… et l’homme aussi, mais d’une autre manière, plus libre)

Las, si l’on s’arrêtait à ces éléments, tout serait à peu près rationnel et viable… mais le marketing et l’obsession moderne du couple à outrance sont passés par là. Pas un seul de printemps sans le magazine féminin qui vous propose ses astuces pour tout changer dans votre vie, pour faire la rencontre de l’homme idéal, ou pour draguer à gogo (en brassant plus large que les gogo danseurs évidemment) selon la cible visée… Il faut bien que nous accrochions tous le même petit morceau de bonheur consumériste. Que nous nous retrouvions tous à nous promener sur les quais de la Seine main dans la main en murmurant les mots doux qui ne se comprennent qu’à deux. Que nous accrochions à l’un des ponts déjà croulants sous la masse de l’amour enchaîné des autres notre petit cadenas en jetant la clé dans la Seine déjà bien trop polluée par d’autres… Ce conditionnement de la du couple nécessaire, bien plus fort au printemps, fait que plus ou moins consciemment, nous sommes prêts à accepter beaucoup sans plus trop réfléchir, et suivons, tels les serpents enchantés, l’amoureux mouvement de la couplification. La faute à ce fichu mélange d’ocytocine, de dopamine etc. qui pullule (toute l’année) dans notre organisme, pour le meilleur et pour le pire.

Les vertes et les pas mûres (ou les pourries) musicales

Au commencement, tout était rose et blanc comme les cerisiers et pommiers (le locus amoenus par excellence, n’est-ce pas André Claveau), et tout se terminait par de riants enfants, comme dans les contes des princes charmants…L’on appréciera aussi la vivacité de cette saison, portée rythmiquement à son apogée par Vivaldi, dans son célébrissime Printemps. Quant à celui de Ludovico Einaudi, le réveil dans la continuité des saisons y est primordial : un thème se répète d’abord, presque semblable, et légèrement différent, comme porté vers le haut, vers les aigus. Une musique d’une douceur infinie, avec une force vive et jaillissante (las, s’il en était de même pour les êtres humains…), soudain, celle d’une saison qui retourne tout, qui métamorphose avec une inquiétante et nécessaire violence, emportant tout avec elle, portant la vie plus haut encore.

La pire des versions est décernée à Line Renaud, avec son beau soir, en Alsace, au Printemps (les oreilles qui crissent aux tons mielleux, s’abstenir). Marie Laforêt se pose déjà des questions, pas trop cependant, au Printemps, elle choisira le meunier Antony, même s’il est gros, laid, et vieux. Mais il y a Nicolas, Hector et Alexis sur sa liste aussi… Mais comme on y croit plus depuis belle lurette, il a bien fallu se faire une raison.

Alors il y a eu les désillusionnés, les ironiques, ceux qui font semblant de ne pas y prêter attention, mais qui aimeraient croire que le printemps existe, qu’il existera un jour pour eux aussi… mais qui ne voient rien qu’une récupération de masse de la dépendance de l’Homme. Jacques Brel le sait bien, que malgré tout, les naufragés essayent encore de s’y accrocher, au Printemps… Mais que « tout Paris se change en pâturage pour troupeaux d’amoureux. » Faut-il suivre la masse ou revendiquer son indépendance amoureuse, quitte à rester solitaire, ou à vouloir vivre un amour autre que celui qui est livré en boîte 3-en-1 (séduction-sexe-solennités) avec chagrin en option ?

Et puis il y a les coeurs blessés et pour eux, plus d’espoir d’amour au printemps. L’amour est mort. L’amour est alors pire que la mort. C’est de ce voile de deuil qu’est fait le Printemps d’Amalia Rodriguez, cri de désespoir d’un cœur expirant un amour sombre et sans plus aucun espoir, que seul la musique de sa voix peut encore avoir la force de revivre. Ne ratez pas non plus Rammstein et son printemps parisien un peu saignant… avec petit passage de Piaf et de son « Non, rien de rien… ». Désillusions amoureuses au programme… ou une version italienne d’un autre maudit printemps, par Loretta Goggi.

Mais allez, la chanson de la fin revient à The Gift, juste pour se donner le droit de rêver avec des mots tous doux :

Bilan : ce cher Rabelais ne fut pas exhaustif : le rire est le propre de l’Homme, l’amour et le désamour aussi. Vive l’exception humaine, et aimez (ou n’aimez pas… au choix) toute l’année ! Et sous le soleil ou la pluie, seuls ou à deux, ne dites jamais non aux petites miettes de joie !