Qui ne connaît pas Le Petit Nicolas ?

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Par Revolver

Par principe, le petit Nicolas n'aime pas l'école, ce qui ne l'empêche pas d'y courir !
Par principe, le petit Nicolas n’aime pas l’école, ce qui ne l’empêche pas d’y courir !
Commençons par un aveu. Un terrible aveu. Je dois ici confesser, devant vous, chers lecteurs, que jamais je n’avais lu les aventures du Petit Nicolas avant que notre fantaisie de bloggeuses ne nous mène à ce thème bien opportun la semaine de St Nicolas (personnage dont Rouge vous dira tant par ailleurs). De feu René Goscinny, je connaissais son fameux cow-boy, son irréductible Gaulois et les interminables démêlés judiciaires de son collègue Uderzo avec sa propre fille (mais c’est une autre histoire). De Nicolas, je ne connaissais rien.

Pourtant, en lisant ses facéties, je ne comprends pas comment j’ai pu échapper à ce héros attendrissant qui donne vie à l’école de mes fantasmes, celle que j’imagine (sans doute à tort) comme étant celle, idyllique, de l’après-guerre avec des cancres pas méchants, des professeurs tout à leur sacerdoce et des surveillants chahutés. L’école où l’on craignait les maîtres, où on les respectait, voire les aimait. L’école où l’on apprenait l’accord du participe passé, les fleuves de France, le calcul mental. Mieux : on y apprenait par cœur les exemples types en leçon de latin. Tu quoque mi fili ; dura lex, sed lex ; errare humanum est ; Carthago delenda est, et tutti quanti…

Mon passé d’élève modèle (version féminine d’Agnan, le premier de la classe à lunettes) aurait dû me pousser dans les bras du Petit Nicolas. Mes délicieuses années d’enseignement des lettres dans les établissements de la douce académie de Versailles auraient dû me pousser à la compassion pour cette pauvre maîtresse que le Petit Nicolas et ses camarades aiment bien mais poussent à bout. Entre une tête à claques (Agnan, premier de la classe donc), un goinfre (Alceste), un gosse de riche (Geoffroy) et une autre tête à claques (Clotaire, dernier de la classe), elle avait de quoi faire un burn-out, la malheureuse. Malgré ces boulets, elle reste constante : elle distribue bien des lignes un peu loufoques, comme par exemple « Je ne dois pas battre un camarade qui ne me cherche pas noise et qui porte des lunettes », envoie les plus dissipés au piquet mais elle les aime, telle une mère, ces morveux. Reconnaissons à cette brave institutrice un certain talent pour rédiger les commentaires dans les carnets. Ah ! les commentaires dans les carnets ! Au sujet de l’obèse qui s’empiffre à longueur de récréation et de cours : « Si cet élève mettait autant d’énergie au travail qu’à se nourrir, il serait le premier de la classe, car il pourrait faire mieux ». Et cette foi inébranlable dans les capacités de ses élèves ! Tous les commentaires se terminent invariablement par « pourrait mieux faire », sauf pour le premier, cela va de soi.

Quand je découvre le chapitre intitulé « Je quitte la maison », je me découvre un point commun avec le héros : moi aussi, j’ai voulu partir de chez mes parents. La fugue, c’était le grand projet de mon année de CM1. Une voisine m’avait offert un roman que j’ai bien lu au moins cinq fois, Fugue au Metropolitan. Claudia et son frère Jamie planifient leur fugue à New-York et choisissent comme point de chute rien de moins que l’aile égyptienne du célèbre musée. Inspirée par ces héros, je commençai à constituer des réserves de nourritures constituées pour l’essentiel de tranches de jambon de pays subtilisées à la table familiale lors d’apéritifs bruyants et animés et des Kinder dont je me privais en vue de mon grand projet : ma fugue ! Je poussai même jusqu’à consulter les prix d’un hôtel qui se trouvait juste en face de mon immeuble. Je n’envisageais pas la fugue sans un certain confort… Le Petit Nicolas quitta le foyer familial tout une après-midi. J’attendis, quant à moi, quelques années supplémentaires.

Ma sympathie aurait pu aller aussi vers le surveillant – j’ai moi aussi exercé cette fonction pendant mes années d’étudiante – mais Bouillon n’en inspire aucune de sympathie. Il se laisse déborder par les élèves et ses émotions. Bouillon, c’est un sobriquet presque mignon et surtout qui dénote la connaissance du vocabulaire gastronomique. Le tic de langage de ce pion ? « Re­gardez-moi dans les yeux ! » (comme quoi Wonderbra n’a rien inventé) et par truchement, on pense… au yeux du bouillon. Les petites bulles de gras qui flottent à la surface du bouillon, vous voyez ? Le Petit Nicolas et ses camarades des années 1950 en savent visiblement plus que vous en la matière… Non, je ne goûte pas trop ce genre de caractère fragile chez un homme : il est capable de se mettre la rate au court-bouillon pour une malheureuse permanence avec la classe du Petit Nicolas.

S’il y a un personnage qui m’inspire une espèce de tendresse, c’est le directeur, car, au fond, je le comprends cet homme déclarant, sans doute plein d’émotion et de fierté : «Mes chers enfants, (…) j ‘ai le grand plaisir de vous annoncer qu’à l’occasion de son passage dans notre ville Monsieur le Ministre va nous faire l’honneur de venir visiter cette école. Vous n’ignorez peut-être pas que Monsieur le Ministre est un ancien élève de l’école. Il est pour vous un exemple, un exemple qui prouve qu’en travaillant bien il est possible d’aspirer aux plus hautes destinées. » Noble discours qui précède une répétition de remise de gerbe au ministre qui vire au pugilat. Encore la faute à un surveillant qui a suggéré d’utiliser, le temps la répétition, des plumeaux en guise de bouquet de fleurs, provoquant l’hilarité et la débandade…

L’école allait déjà mal dans les années 1950 à en croire le témoignage du Petit Nicolas. Si mon calcul est juste, avec une première édition en 1960, j’ai plus de 53 ans de retard (bien qu’il me fût impossible de lire cette toute première édition, ma propre mère n’étant pas encore née). Paraît-il qu’en 2009, un film a été tiré de ces aventures, peut-être déciderai-je de le découvrir un beau jour de 2062…