Rêver sa vie ou vivre ses rêves

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Par Revolver

Soyons réaliste: vivons nos rêves
Credits Thierry Lothon

Credits Thierry Lothon

Ce récit bien dans l’esprit de Noël pourrait avoir un goût prononcé de mièvrerie, il n’en est rien : Guy Birenbaum rapporte l’initiative émouvante d’un professeur qui renvoie à ses élèves la rédaction qu’ils ont rédigées 20 ans auparavant. Il s’agissait alors de décrire leur vie telle qu’ils l’imaginaient 2à ans plus tard. « J’ai notamment lu sur le web l’histoire d’un de ses élèves qui était fan du groupe suédois ABBA – ça ne nous rajeunit pas – qui rêvait de vivre en Suède et d’épouser une Suédoise. Eh bien tout s’est réalisé 20 après ! », raconte le journaliste. Passons sur le fait qu’il y a vingt ans, le groupe ABBA était déjà ringard, du moins en France mais peut-être pas au Canada où se déroule cette histoire. Que ce soit outre-Atlantique ou sur le vieux continent, avoir des rêves n’est pas une mode – bien qu’il y ait des tendances – nous avons tous des rêves. Un métier, une passion, une aventure. Décryptage de ce moteur puissant.

Du prêt-à-porter…

Il y a des rêves partagés par des générations d’âge : devenir pompier ou docteur. Il y a des ambitions marquées du sceau de l’éducation : être un jour conducteur de train (pour les petits garçons) ou maîtresse d’école (pour les petites filles). Les effets de mode jouent un rôle non négligeable dans l’éclosion de certaines vocations. A la fin des années 1980, le dessin animé Jeanne et Serge (rappelez-vous « … coup de foudre et matches de volley-baaall ! ») a permis quelques inscriptions dans les clubs de volley. Dans les années 2000, c’est la série télévisée Grand Galop qui a donné le la en matière d’activité sportive, pour le plus grand bonheur des clubs équestres. Toutes ces illustrations relèvent des rêves standardisés, déjà formatés pour un âge donné, un sexe, une époque. Même s’il peut arriver qu’ils rencontrent les aspirations profondes de certains, ils ne révèlent rien des désirs réels de la majorité.

Dans le rayon prêt-à-porter, il y a le coin des rêves conçus par les parents et revêtus parfois de force – consciemment ou inconsciemment – par leurs enfants. Il est parfois questions d’orientation professionnelle : l’enfant réalise le parcours professionnel que son parent n’a pas pu suivre. Il peut s’agir également d’une réparation que l’enfant cherche à obtenir pour son ascendant (c’est le cas de nombreux auteurs, descendants de déportés pendant la 2nde guerre mondiale, qui écrivent sur la Shoah). Que cet héritage soit assumé ou pas, il est de toute façon lourd à porter. En effet, dans ce contexte de dette, de devoir envers le parent frustré ou victime de l’histoire (son histoire personnelle ou la grande Histoire), comment les rêves personnels peuvent-ils émerger ?

… Au sur-mesure

Dans une conférence récente co-animée par Luc Antoine, architecte de son état, il a été question des conditionnements qui nous motivent à faire des choix pour notre habitat et son ameublement en particulier. Le conférencier rapportait qu’un client dont il venait expertiser le logement du point de vue du feng-shui avait déclaré avec conviction : « Le salon, attention, il me ressemble vraiment. Canapé en cuir noir et table basse en verre, ça c’est tout moi ». Or l’architecte rencontre ce type de canapé assorti à ce genre de table basse dans environ 80% des maisons qu’il est amené à visiter. Peu probable que l’association canapé en cuir noir table basse soit l’émanation de la personnalité unique de 80% de la population ! De même que l’on peut s’interroger, comme l’architecte l’invitait à le faire, sur les motivations profondes qui poussent à s’équiper de tel ou tel meuble, on peut suivre la démarche sur nos aspirations et nos ambitions. Nos rêves répondent-ils à une norme familiale, sociale, culturelle ou viennent-ils répondre à un besoin personnel ?

Les rêves face au principe de réalité

Songeons que les aventures les plus palpitantes n’auraient sans doute jamais été tentées si leurs acteurs avaient suivi les conseils de prudence et de réalisme prodigués par leur entourage. Quitter un univers familier et protégé pour s’exposer dans une zone de risque peut bien sûr conduire à un échec mais peut permettre aussi à notre créativité – créer la réalité de nos rêves – de s’exprimer. Et s’il n’y avait pas d’autre choix pour exister ( et non pas subir le temps qui passe) que de vivre ses rêves ?