Saint Nicolas, patron des écoliers…

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Par Rouge

Grands remerciements à la photo-reporter sur le terrain, la merveilleuse sœur de Rouge 😉

Vive Saint Nicolas !

Vive Saint Nicolas !

 » Saint Nicolas, patron des écoliers, apportez-moi du sucre dans mon petit panier, je serai toujours sage comme un petit mouton, j’apprendrai mes leçons pour avoir des bonbons… » Mais pourquoi cette musique erre-t-elle dans ma tête depuis quelques jours ? Ah oui, je me souviens, c’est la Saint-Nicolas… et à Paris, cela ne se fête pas.

Oui, l’on connaît très peu, ici, ce saint exceptionnel considéré avec mépris comme un ersatz du Père Noël au régime(qui le précède en réalité, la tradition du Petit Papa étant somme toute assez récente) grand et fin, avec une crosse d’évêque, une longue barbe blanche et accompagné de son âne. Hans Trapp, le méchant, le suit et distribue les coups de trique aux vilains enfants.

Mais qu’est-ce que j’apprends ?… Après 26 ans pendant lesquels j’étais persuadée que ce très cher saint était préposé aux écoliers, voici qu’il vient aussi patronner les marins, les avocats et… les hommes célibataires. Encore plus fière ici de défendre ce brave saint, d’autant plus qu’il s’oppose donc fermement à cet autre, le Valentin dont on se fait fort de festoyer la date, au grand dam de toute nécessité. Messieurs, apprenez donc que vous pouvez bien vous moquer de la sainte-Catherine et des chapeaux ridicules dont sont censées s’attifer les jeunes femmes de 25 ans et plus : vous n’êtes guère mieux lotis. Porter la crosse du Saint Nicolas… voilà qui ne vous rajeunit pas ! Mais enfin, une guerre des Saints, tentation gratuite, serait un bien mauvais dessein à continuer ici. Stoppons donc, et racontons son histoire, une bien belle histoire…

Rassurez-vous, Rouge Revolver ne se met pas aux contes pour enfants (quoiqu’il y ait dans les contes une part de cruauté identique à celle des tueurs de Mannele dont je fais partie). Néanmoins il y a des histoires, comme celle de Saint Nicolas, qui restent, que l’on regrette un peu quand on est loin de chez soi, et tous les charmes de Paris n’y feront rien. D’ailleurs, ce n’est pas une histoire officielle, c’est plutôt de celles que l’on raconte dans les chaumières perdues, au coin du feu rougissant le poêle autour duquel tous se rassemblent (un cliché totalement faux, mais il a du charme alors je le garde).

Par une obscure nuit d’hiver, trois petits garçons, perdus, demandèrent le gîte et le couvert à un boucher. Déformation professionnelle, l’odieux personnage ne pensa qu’au couvert, et à la chair tendre de ces trois jambonneaux sur patte qui opportunément avaient besoin d’un logis. Sans hésitation aucune, et dans une scène d’horreur macabre et insoutenable que nous épargnerons même aux lecteurs de Rouge Revolver, pourtant accoutumés à ces scènes de genre (cf. l’article de Revolver concernant un événement marquant dans la vie d’une femme, que je n’oserais nommer), le boucher les tua, pour en faire des jambons. Coupés en rondelle ou hachés menu, les trois cadavres gagnèrent le saloir du boucher. Mais tous les spécialistes vous le diront : une chair d’enfants, si douce, si tendre, cela vaut bien 7 ans de salaison. Et sept ans plus tard, Saint Nicolas, passant opportunément par là, voulut déguster du « petit salé » (et on parle de péché de gourmandise!). Le boucher fut bien obligé de lui montrer les trois cadavres. Mais comme Saint Nicolas est un héros, il les ressuscita.  Et le boucher, bien trop couard, s’enfuit.

Le charme d'antan du pain d'épice casse-dents

Le charme d’antan du pain d’épice casse-dents

L’on voudrait prolonger le rêve, y croire encore, que le bout de carotte que l’on a déposé dans le frigidaire le soir, c’est l’âne du Saint-Nicolas qui l’a dévoré, affamé par son trajet. Mais il y a bien un moment où il faut se résoudre à le terminer. L’on n’y croit donc plus. Mais ce que l’on sait, c’est qu’il y a des gens qui, pour nous, ont inventé cette douce illusion pleine de charme, totalement hors de toute logique et de tout pragmatisme. Ils l’on construite de toute pièce pour nous donner à rêver, et créer ces petites images qui nous restent dans le cœur. Ce que l’on sait, quand on n’y croit plus, c’est qu’il y a une personne qui, parce qu’elle vous aime et veut vous faire plaisir, continuera à fêter la Saint-Nicolas juste parce que c’est un joli moment, une jolie tradition à partager. Alors à la maison, Maman nous préparait nos petits bonbons dans nos chaussures (et aussi, de temps en temps, elle ajoutait de nouvelles paires rigolotes de chaussons pour nous réchauffer les pieds pendant les frimas de l’hiver. Il y avait toujours des chocolats aux cerises aux kirsch, mais ça, c’était parce que Maman adore ces chocolats.

Le genre d’événement qui manque terriblement à Paris, où tout est beau, tout est art, mais ces traditions chaleureuses et humaines n’existent pas vraiment. Et on passe sa journée avec cette chanson inutile, terriblement niaise et enfantine, idiote, presque, mais belle parce qu’elle recèle un trésor de souvenirs bien plus précieux que toutes les belles publicités et les lumières de pacotille dont s’est parée Paris…

 » Saint-Nicolas, patron des écoliers, apportez-moi du sucre dans mon petit panier, je serai toujours sage comme un petit mouton, j’apprendrai mes leçons pour avoir des bonbons… »

Et pour les bonus : une version d’anthologie par un sex-symbol crazy horsien oublié des années 70 (Rouge s’amuse!) :

Enfin, Saint Nicolas interprété par des enfants (avec des idées de loisirs créatifs que tout alsacien qui se respecte a bien créé une fois dans son existence, offert avec amour à sa Maman… et finalement offert aussi à la poussière de la cuisine) :

 


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